Magic in the Moonlight ✭✭✭✭✩

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ATTENTION SPOILERS

Woody Allen n’est pas immortel :

Du haut de ses 78 ans et du rythme infernal de sa cinématographie – quasiment un film par an, il peut apparaître quelque peu malhonnête de remettre en cause certains aspects de ce film : cela ne serait toutefois pas rendre justice à Woody Allen.

Il y a peu à dire quant au jeu des acteurs: une Emma Stone qui ne fait que confirmer son talent, et un Colin Firth démontrant à nouveau qu’il ne se résume pas à un rôle d’anglais coincé séducteur de blondes à culotte gainante.

C’est au niveau de la photographie que le bât blesse: le déclin déjà ressenti dans Midnight in Paris se confirme par la présence à nouveau regrettable de Darius Khnodki, qui pêche par un classicisme et un manque d’originalité flagrant qui loin de rendre le tout désagréable le rend tout simplement neutre.

Néanmoins ceci apparaît anecdotique car il est nécessaire de préciser que Woody Allen ne s’occupe plus exclusivement que du scénario et des dialogues de ses films: et c’est là que malgré une apparente mièvrerie se cache dans ce film un message bien plus profond qu’il n’y paraît.

Et pourtant il est toujours au top du hip-hop.

Intéressons-nous donc à ce qu’il y a de Woody Allen dans ce film.

L’opposition principale se situe entre les deux personnages : d’un côté un rationaliste pur sang, incarné par Colin Firth, de l’autre une fille qui préférera des illusions heureuses à une vérité cruelle, soit Emma Stone.

Le message du film peut sembler simple, voire simpliste à première vue: pour être heureux mieux vaut se bercer d’illusions que leur préférer une vérité cruelle et insipide.

Pourtant, malgré le happy end, il est particulièrement  intéressant de constater que Woody Allen n’a pas cessé de rabâcher dans ses interviews qu’il se retrouvait uniquement dans le personnage de Colin Firth.
Dès lors une question se pose: pourquoi ce happy end alors que Woody Allen, n’ayant plus rien à prouver au monde de cinéma, pourrait tout à fait se contenter d’une film s’achevant sur l’impossible union des deux personnages ?

Tentons une hypothèse, et pour cela, soyons présomptueux: faisons référence à un auteur qui semble parcourir le film.

Woody Allen le sur-homme.

Woody Allen n’a eu de cesse au cours de sa carrière de se réclamer nihiliste, et le personnage de Colin Firth, en dépit d’une apparente – mais qu’il sait illusoire – estime pour la science, incarne parfaitement cette pensée.

Et pourtant, aux antipodes du nihilisme, ce film se découvre profondément nietzschéen ; toutes les thématiques à propos du bonheur, de la vérité – et donc du mensonge – semblent sortir de la pensée de Nietzsche.

Car c’est bien à un brûlot contre la prétention humaine à chercher le bonheur grâce à la science, la connaissance, et donc in fine la vérité auquel nous assistons. (https://www.facebook.com/Lydan/posts/535557636520268)

Dans la Naissance de la Tragédie, Nietzsche affirme que «La connaissance tue l’action, pour agir il faut être obnubilé par l’illusion»; or si Nietzsche nous parle de l’idéal de volonté puissance qui résulte de l’action plus que de bonheur, il est aisé de remplacer ce concept par celui de bonheur ; chose à laquelle nous invite Woody Allen.

Et c’est là que le personnage apparemment simpliste de Colin Firth prend une autre envergure: ne croyant apparemment qu’en la science, c’est bien en tant que magicien et non en tant que chercheur qu’il exerce, conscient que le plaisir qu’il apporte et qu’il éprouve provient bien de l’illusion de la scène et non de la science.

Derrière ce faux-paradoxe se cache implicitement Woody Allen: dépressif auto-proclamé depuis ses vingt ans et dont la profession se résume à rire et à faire rire.

Ainsi, personne dans ce film ne ment autant que Colin Firth, dont la peur de la vérité – qui n’est rien d’autre que la propre inexistence de la vérité – le pousse dans un mensonge dont il s’extirpe avec grande difficulté.

Profondément nietzschéen certes, mais pas totalement ; lors de la scène de l’accident de la grand-mère, Colin Firth se prête à une prière, puis face à la guérison de sa mère s’exclame que cela n’est dû qu’à la science médicale et non à sa prière.

Or c’est celui qui l’a dupé tout au long du film – joué par l’excellent Simon McBurney – qui lui répond peu ou prou «Qu’en sais-tu réellement? Et la vérité mon frère: qu’est-ce qu’on en a à foutre?»

C’est là où Woody Allen se distingue – surpasse ? – de Nietzsche dont le mépris pour la morale judéo-chrétienne était profondément ancré dans sa pensée ; peu importe en ce que vous croyez, peu importe que vous soyez un sur-homme ou un sous-homme : cherchez juste à être un homme heureux.

Woody Allen brandit ainsi le totem de sa philosophie: construire sa vie de façon illusoire, ce qui peut être une véritable galère, mais qui fera de nous des gens heureux – totem qu’il brandit tout en voulant le partager à monsieur  «tout-le-monde.»

En somme, Magic in the Moonlight apparaît comme la suite logique d’un autre très grand film de Woody Allen dont le titre résume parfaitement toute sa cinématographie: Whatever works.

Pablo Aguirre de Carcer

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