Main dans la main, de Valérie Donzelli

Main dans la main, de Valérie Donzelli

 

Après l’époustouflant La Guerre est déclarée, on est partagé entre la crainte et l’envie de voir le dernier film de Valérie Donzelli. La crainte tout simplement parce que l’on se demande comment la réalisatrice pouvait rebondir après que son deuxième film ait rencontré un tel succès critique et populaire. Mais l’envie l’emporte car forcément après La Guerre est déclarée, on en redemande. Verdict ?

Il est tout simplement impossible de trancher entre ces deux films. Bien que l’on y retrouve la patte si particulière de la réalisatrice – qui cette fois-ci laisse le rôle principal à son amie de longue date, Valérie Lemercier –, les sujets en eux-mêmes ne sont pas comparables. Alors que La Guerre est déclarée traitait d’un sujet sensible, le cancer d’un enfant, Main dans la main aborde un sujet bien plus léger – mais pas si simple : l’amour fusionnel et ses problèmes.

Main dans la main c’est l’histoire d’Hélène Marchal et Joachim Fox, un duo improbable que tout oppose et pourtant… Hélène, bourgeoise coincée, dirige la prestigieuse école de danse de l’Opéra Garnier, Joachim, jamais sans son skate-board, est employé d’un miroitier de province. Monté à Paris pour prendre les mesures des miroirs de l’Opéra Garnier, Joachim rencontre Hélène et l’embrasse « par accident». Elkaïm, prince charmant ? Charmant ou pas, ce baiser va rendre inséparables les deux personnages sans qu’ils ne puissent comprendre pourquoi.

« Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis » semble être la devise qui va désormais rythmée la vie de ces deux-là. Sans cesse collés l’un à l’autre, le côté burlesque du film est parfaitement réussi – certains diront que le couple n’est pas assez bien synchronisé, et alors ? L’idée est là, elle est bonne, et la beauté de la gestuelle identique des personnages règne avant tout dans leur spontanéité. La légèreté et la poésie du film tient beaucoup à son lieu de tournage : l’Opéra Garnier. En plus de l’amour, la danse transmet une certaine grâce au film – on retient notamment cette magnifique scène où Elkaïm dans son tutu reprend seul une chorégraphie de Pina Baush en langage des signes. Tout ça nous fait regretter, à nous petites filles, la douce époque des cours de danse et des tutus roses.

Un mot pour résumer ce film : la fusion. Cette problématique de la relation fusionnelle revient sans cesse, avec certes en premier plan celle du couple, mais aussi celle de l’amitié entre Valérie Lemercier et Béatrice de Staël, de la famille avec la liaison quasi-incestueuse entre les frères et sœurs incarnés par Valérie Donzelli et Jérémi Elkaïm, et enfin l’obsession de Valérie Lemercier pour son travail. Mais toutes ses relations sont autant de ruptures tout au long du film qui permettront à une seule de survivre …

Sans vouloir révéler la fin, ce film, véritable chorégraphie de l’amour, peint parfaitement la beauté de ce sentiment, et surtout du coup de foudre de deux êtres qui se rencontrent par hasard, qui se haïssent mais qui pourtant avoueront leur idylle et finiront par s’aimer sans retenue jusqu’à vouloir « mourir ensemble ». Mais les ruptures dans leurs vies respectives et leur fuite ne cachent-elles pas finalement leur extrême solitude ?

Et si les histoires d’amour ne sont pas votre tasse de thé, allez-y les yeux fermés simplement pour vous laisser transporter par la bande son.

Léa Nogier

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