Mommy de Xavier Dolan ✭✭✭✭✭

Mommy de Xavier Dolan ✭✭✭✭✭

mommy 2

Le festival de Cannes constitue un espace temps assez particulier. Il n’est pas rare qu’un film suscite une euphorie générale, anime toutes les discussions passionnées des festivaliers. On pense par exemple à Elephant, à Drive ou l’année dernière à La Vie d’Adèle. Mommy fait clairement partie de ceux là, et constituait pour beaucoup un favori pour la palme.

Mommy, c’est donc le nouveau film du petit prodige québécois de seulement 25 ans, seulement 1 mois après la sortie en salles de Tom à la Ferme. Dans un style très éloigné du thriller psychologique du précédent, on suit ici le quotidien d’un ménage plutôt insolite, la mère célibataire Die, son fils Steve souffrant de troubles du comportement ADHD, et de leur voisine devenue bègue à la suite d’un obscur traumatisme.

La première chose qui frappe dans ce film, c’est le format carré de l’image. Le cadre constitue le premier élément murant le trio dans leur quotidien tragique. Dolan porte un intérêt tout particulier à empêcher ses personnages de sortir de ce cadre, les gros plans suivent naturellement leurs visages et créent une intimité propice à une expression émotionnelle extrêmement forte. Si Xavier Dolan avait parfois l’habitude de trop en faire, par trop grande ambition ou par snobisme, il trouve ici un équilibre parfait entre le raffinement de sa mise en scène et la qualité de l’écriture. Sans s’intéresser à un « grand sujet » comme celui de Laurence Anyways, ni forcer le sentiment, il trouve le créneau idéal à cette émotion qui lui est si chère (lui qui cherche avant tout à toucher le spectateur). Car si bien des qualificatifs pourraient convenir au film, le plus approprié est certainement celui de raz-de-marée émotionnel. Tout le succès du film réside dans l’intensité avec laquelle les trois personnages existent à l’écran, la façon dont ils interagissent pour créer un microcosme si fort, cette relation d’amour-haine puissance 1000 entre la mère et son fils.

Cette surcharge d’émotion parvient à ne pas être pesante pour le spectateur grâce à l’utilisation sublime et décisive de la musique. Elle est ici salvatrice, intervient souvent comme des grandes respirations qui suspendent la tension, où les personnages se détachent de leurs problèmes. Elle intervient aussi par moments comme déclencheuse, canalisatrice. La bande son est parfaitement adaptée et même si les morceaux ne sont pas d’une originalité folle, ils trouvent naturellement leur place dans le déroulement du film en sublimant le récit et en faisant décoller le spectateur.

Mais la plus grande force de Mommy est sans aucun doute le jeu de ses trois acteurs principaux. Ils excellent tous trois dans des registres différents. Antoine Olivier Pilon, présent déjà dans le clip d’Indochine réalisé par Xavier Dolan, est la révélation du film, si ce n’est du festival (seulement 17 ans). Sa performance faite de sautes d’humeurs incessantes est réellement prodigieuse, les moments de tendresse ou de pure folie s’enchainent naturellement avec une fluidité de jeu parfaite. Le metteur en scène accorde un rôle important à la parole, Anne Dorval avec son débit mitraillette et son langage argotique de camionneur, dont la performance atteint des sommets, et Suzanne Clément, la bègue timide sont en opposition totale, et se complètent idéalement. Tous trois donnent vie à des personnages singuliers, attendrissants et beaux.

On a beau trouver au film plusieurs détails agaçants, dans l’excès de style et la surenchère du dialogue, l’ampleur, l’éclat des sensations annihilent tous les reproches, les rendent dérisoires. Ces deux heures et quelques passées avec Die, Steve et Kyla furent sûrement les plus fortes du festival, un grand moment ce Mommy.

Avran Thépault

affiche mommy

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