« Mother! » ou la Création destructrice

« Mother! » ou la Création destructrice

Présenté à la Mostra de Venise il y a une semaine, Mother! a suscité des réactions mitigées et s’est autant fait huer qu’applaudir. Mais une chose est sûre, ce huis clos perturbant ne laisse pas indifférent, en témoignent les avis suivants de 3 acédiens.

Thomas Kermorvant : 3,5/5

Loin d’être le film le plus abouti du réalisateur américain Darren Aronofsky, Mother! reste néanmoins séduisant  tant  par son esthétisme obscur que par son scénario énigmatique. La cohérence des prestations de Jennifer Lawrence et Javier Bardem ainsi que la mise en scène rendent crédible l’atmosphère malsaine et oppressante du film. Excessif et dérangeant, Mother! constitue une  expérience cinématographique marquante et inédite qui pousse le spectateur à se forger sa propre interprétation de l’œuvre.

Maxence Van Brussel : 3/5

C’est véritablement en s’intéressant aux supports originels du réalisateur qu’on peut considérer son pari réussi, et surtout mieux saisir ses intentions. Jennifer Lawrence n’est rien d’autre que l’incarnation de mère nature, subissant le processus de création destructrice impulsée par Javier Bardem, allégorie de Dieu, et les conséquences dévastatrices induites par la nécessaire reconnaissance de son Œuvre auprès des mortels.

Les allusions aux récits bibliques sont multiples, et l’on peut sans doute assimiler la première séquence de violence du film comme une retranscription partielle du meurtre d’Abel par Caïn. Y sont également abordés, le fanatisme, l’inquisition, ou l’hypocrisie de la recherche du pardon (pour preuve, Javier Bardem réplique à Mother subissant tout au long du film les perversités des intrus « nous devons trouver un moyen de les pardonner »)

Mère nature, soit « Mother », serait alors la grande sacrifiée de Dieu au profit des Hommes, qui, comme le soulève Jennifer Lawrence, n’éprouve aucun amour réel pour elle, mais est simplement amoureux de la « façon dont elle lui éprouve de l’amour ». Or, cette façon se trouve inconditionnée et illimitée chez les Hommes, expliquant pourquoi Javier Bardem, soit Dieu, finit par tourner le dos à Mère Nature.

Finalement, on ne saurait donner meilleur résumé que celui dressé par Aronofsky lui-même : « On dit qu’avant l’humanité, il y avait un paradis où tout était beau mais que Dieu n’était pas vraiment satisfait. Et il a décidé d’apporter quelque chose qui dérange, un peu comme s’il avait joué aux dés pour voir ce qui allait se passer. C’est la base de mon film. »

Youssef Bricha : 4/5

Quelle que soit l’interprétation que l’on fait de Mother, l’intention d’Aronofsky est claire : il s’agit d’une métaphore de quelque chose de plus grand, peut-être même de la vie. Pour cela, il fait appel à l’image la plus brute de cette force élémentaire : la violence. Poussée à l’extrême, sa mise en scène peut choquer et n’est certainement pas agréable à voir, mais cette approche s’affirme comme la seule capable de faire ressortir les dérives de nos vices cachés, que la vie quotidienne dilue et rend souvent anodins. Ainsi toutes les scènes cauchemardesques ont-elles pour point de départ une situation commune et ordinaire. A l’origine du chaos: une bonne intention, un besoin d’amour et de reconnaissance, l’envie de plaire et surtout la nécessité de créer et de construire. D’ailleurs le réalisateur n’a-t-il pas choisi de priver ses personnages de noms pour les rendre universels et intemporels ? Ici, le surgissement du réel se produit de manière concentrée et intense, et frappe en plein coeur.

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