NO, de Pablo Larraín avec Gael García Bernal ✭✭✭✩✩

NO, de Pablo Larraín avec Gael García Bernal ✭✭✭✩✩

No

Chili 1988. Sous la pression internationale, Augusto PINOCHET, le dictateur chilien accepte d’organiser un référendum dans le but de légitimer sa présidence. Entre alors en scène René SAAVEDRA, jeune homme brillant et ambitieux se lançant dans la conception de la campagne de l’opposition, la campagne du « NO ». Épaulé par son équipe, ce dernier élabore un plan audacieux pour libérer son pays de l’oppression, malgré la menace constante des hommes du dictateur en place.

Présenté à Cannes en 2012, nominé aux oscars 2013 du meilleur film étranger, et projeté dans de nombreux festivals autour du globe, « NO » constitue le quatrième long métrage de Pablo LARRAIN.

Tout d’abord dérouté, puis emporté au rythme de la campagne, on ne sait trop quoi penser en sortant de la salle. Oui, c’est un film déroutant ; gros plans à vous en donner mal à la tête, dialogues soporifiques et caméra tremblotante alternent avec humour et tensions, suspens et action, plongeant le spectateur au cœur de ce Chili épuisé par la dictature et face à une décision qu’il n’est pas capable de prendre. Du moins, il n’est pas capable de la prendre seule, c’est là le moteur de René, jeune homme travaillant dans la publicité, succombant à son désir de réveiller ce peuple anesthésié par la drogue politique qu’est la dictature.

 Les premières minutes du film sont éprouvantes, admettons-le. Mise en place des personnages, du cadre, de l’ancrage historique. Tout cela prend du temps, mais quelques virements de caméra plus tard (personne sujettes au mal de mer, s’abstenir), nous voilà emportés par cette lueur d’espoir qui rythme l’intrigue. Mêlant avec habileté images d’archives et fiction, nous découvrons une histoire peu – voire non – enseignée. On en ressort d’ailleurs choqués. Choqués qu’un tel événement ne figure pas dans les livres scolaires. C’est tout de même un signe que le film est réussi après tout. Car oui, c’est un bon film, voire un très bon film. En effet, après les premières méfiances passées, nous nous révoltons contre ce système qui contrôle la moindre chaine de télévision et de radio, qui perpétue une répression sanglante et brutale à l’égard de ces citoyens. Et surtout, nous admirons ces hommes, constamment menacés et surveillés par Pinochet, prêts à mettre leur famille en danger pour sauver leur propre vision de la démocratie.

Insécurité et cynisme sont présents en permanence au sein de ce pays en suspend, retenant son souffle jusqu’à l’annonce du verdict. Ainsi, 15 minutes d’antenne télévisée sont accordées chaque jour à René et ses hommes, se lançant alors dans une course effrénée contre la montre, souhaitant toucher au plus profond les citoyens Chiliens. Nous avons ici une peinture des mentalités de l’époque, au fil de la réflexion concernant le contenu de la campagne du NON. Qu’attendent finalement les habitants ? De l’espoir ? De la joie ? Une dénonciation pure et simple du régime ? Il apparaît alors primordiale de faire appel à l’optimisme et la joie dans un pays submergé par la douleur, où le manque de sentimentalisme ne distingue le dictateur du micro-onde, nouvellement arrivé sur le marché. Finalement, on vote pour un trafic commercial stable, pour des règles économiques et des idéologies analogues que sont la dictature et le marché.

Le tout est d’être plus malin que ce système corrompu. Ça, René l’a bien compris.

 En bref, on ne sort pas de ce film indemne. Qu’on le veuille ou non, une envie fulgurante de rébellion s’empare de nous, une envie de bataille pour la « liberdade ». Il est pourtant un peu tard, mais nous sommes bien contents car nous avons appris quelque chose durant cette séance. Eh oui, c’est au final un film instructif et puissant, qui derrière ses apparences d’ovni cinématographique, révèle une réelle réflexion, soutenue par Gael Garcia Bernal, alias René, symbole du réveil politique.

Finalement, on en redemande.

Et si, après tout, l’envie d’apprendre et de comprendre n’est pour vous pas d’actualité (même si je doute que vous résistiez longtemps), allez au moins voir ce film pour cet acteur, magnifique et émouvant. Vous ne serez pas déçus.

Adèle Jean

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