Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas ✭✩✩✩✩

Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas ✭✩✩✩✩

   Dans une atmosphère orageuse, un vent de stupeur a soufflé hier sur la croisette à l’annonce du prix de la mise en scène pour Post Tenebras Lux de Carlos Reygadas. Et pour cause ! Ce film a été du point de vue des journalistes le plus gros raté du festival. Lors de la séance officielle jeudi dernier, la salle, clairsemée dès le début, s’est progressivement vidée. A la fin de la projection il était difficile lors des applaudissements de distinguer la politesse de l’enthousiasme .

Post tenteras lux se déroule au beau milieu de nulle part, dans la campagne mexicaine verdoyante. Le film raconte l’histoire d’une famille bourgeoise qui a décidé de tout quitter pour adopter un mode de vie radicalement opposé au standard de leur milieu social.

La scène d’ouverture est captivante et offre la promesse d’un film percutant. On y découvre un rêve d’une fillette. Dans un vaste pré humide, elle coure et patauge auprès de chiens enjoués et d’un paisible troupeau de vaches. Lumière rasante, le jour tombe sous la menace d’un orage. Alternant plans d’ensemble et vue à la première personne, l’immersion dans le songe infantile est totale. La tension monte, le troupeau s’agite, les aboiements se font plus agressifs. L’œil malveillant qu’évoque l’image, en format 4 :3 déformée et dédoublée sur les cotés, assiste passivement au passage de la lumière aux ténèbres. Les animaux s’enfuient tandis que l’obscurité, déchirée par les éclairs, s’abat sur la fillette, qui terrifiée, cherche vainement sa mère.

L’introduction est engageante mais un sentiment de malaise vous saisit dix minutes seulement après le début de la séance lorsque, sorti de nulle part, vous apercevez le diable en lueur rouge caricaturale, un sexe ostentatoire pendouillant et une caisse à outil dans la main. Cette rupture brutale entre une scène puissamment onirique et une séquence gâchée est à l’image de tout le film. Le montage est chaotique et il semble que tout est fait volontairement en vue de désorienter le spectateur.

Dans une forme de quasi-autisme, Carlos Reygadas livre un film très personnel  qui aborde ses tourments et ses angoisses existentielles. Les thèmes suggérés sont multiples et intéressants : l’enfance, les relations dans le couple, la violence, la frustration sexuelle, la solitude, la  relation homme/nature. Mais ce qui nuit au film c’est surtout cette volonté de la part du réalisateur de vouloir aborder tous les sujets possibles et prétendre en faire un tout cohérent. Le film se construit ainsi comme un patchwork de séquences inégales, un maelstrom entre moments de vie, fantasmes et panorama naturel toujours hanté par cette œil dédoublé angoissant. Il se veut clairement comme un écho à la palme d’or de l’année dernière, Tree of life de Terrence Malick. Mais alors que dans ce dernier il était question de Dieu, Carlos Reygadas traite ici du Diable et de l’incapacité de l’homme à surmonter ses vices et ses tourments.

L’objectif n’est malheureusement pas atteint. La maîtrise de la technique cinématographique est incontestable, et le réalisateur fait preuve d’originalité, mais c’est avec une sensation d’étourdissement et de confusion qu’on ressort de la projection. On est assommé par les lourdeurs et les longueurs du film mais également déconcerté par ce mélange hétéroclite d’onirisme mystique et de médiocrité. Bien d’autres films auraient mérité le prix de la mise en scène !

Martin A

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