Promised Land, de Gus Van Sant ✭✭✩✩✩

Promised Land, de Gus Van Sant ✭✭✩✩✩

Promised Land

Gus Van Sant se lance dans l’écolo! Avec ce film engagé, le réalisateur nous propose une immersion dans les terres promises de l’Amérique profonde. Pour la troisième fois en quinze ans sous la caméra de Gus Van Sant, Matt Damon joue ici le rôle d’un représentant d’un grand groupe énergétique, chargé de racheter les terres à des habitants d’une petite ville de campagne américaine, afin d’exploiter leurs ressources énergétiques. Placé dans un contexte de crise économique, Promised Land est aussi un film politique et engagé, qui révèle la forte vulnérabilité des américains en ces temps de récession. Après avoir fait la voix off de Inside job (2010), Matt Damon écrit ici, avec John Krasinski, un scénario sur le même registre sociétal, dénonçant ainsi les dérives d’un système économique sans limites.

Or, l’engagement idéologique et politique, aussi noble puisse-t-il sembler, ne doit pas mettre de côté la qualité purement cinématographique du film. Si l’on retrouve avec plaisir la finesse stylistique du réalisateur (jeu avec le flou de la caméra, usage de la longue focale…) et son talent pour capter la Nature (avec de nombreux plans contemplatifs et de véritables « photographies » très réussies), le film pèche ici dans la structure extrêmement classique de son récit, et dans le manque radical de relief de ses personnages. On tombe assez rapidement dans le cliché – et donc facilement dans l’ennui.

Gus Van Sant est bien plus doué lorsqu’il s’agit de saisir la jeunesse, de capter son caractère insondable, innocent. De la même manière que le réalisateur réussit si bien à capturer les lieux naturels, ces lieux protégés de l’hostilité et de la corruption des hommes (le désert dans Gerry, la forêt dans Last Days, et ici la campagne), il appréhende, avec une grande justesse, les jeunes comme des êtres fragiles, errant en-dehors d’une société, dans laquelle ils ne réussissent pas à se reconnaître (Paranoid Park, Elephant). Les adultes, sous la caméra de Van Sant, apparaissent alors bien fades et sans grand intérêt. Une nouvelle déception de la part de ce réalisateur, qui avait pourtant si bien réussi à marquer notre génération.

Marion Attia

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