Quel film de guerre américain regarder ce soir ?

Quel film de guerre américain regarder ce soir ?

On est mardi et l’ambiance est au chill. Aujourd’hui, on reste dignes. Pas de bar Erasmus ou autre fantaisie nihiliste, mais de la sueur, de l’honneur, du sang et de l’amitié en larmes, ça c’est oui. Le choix s’oriente donc vers un bon vieux film de guerre, à voir seul ou entre ami(e)s, pour honorer les soldats morts pour l’Amérique. Problème : à chaque film son mood. Alors pour éviter de vous retrouver face à des indigènes chantants quand vous vouliez des batailles dantesques, suivez le guide.

 


 

  • Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino (1978)

thedeerhunter2

Commençons par du hardcore. Bienvenue dans l’enfer de ce bon vieux nam, où trois amis ouvriers américains se retrouvent propulsés. Le film est un immense classique, premier film sur la guerre du Vietnam et ses conséquences désastreuses sur les soldats survivants. Kidnappés par des vietnamiens du nord, les trois amis seront torturés et forcés à participer à un jeu de roulette russe devenu légendaire. Le film explore ensuite les conséquences de la guerre sur les trois amis, à jamais traumatisés.

La petite raison en plus : Michael Cimino n’a pas fait beaucoup de films car les producteurs ne l’aimaient pas (beaucoup de jaloux saboteurs), alors il faut aujourd’hui voir tous ses films pour le venger.

Mood : Parfait si vous êtes d’humeur un peu “putain de guerre”, et à la recherche de sensations extrêmes.

Effets secondaires possibles : Une irrésistible envie de s’essayer à la roulette russe. Préférez le bon vieux jeu de la bouteille.


  • Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola (1979)

apocalypsenowbdcap10_original

Encore le Vietnam, mais pas vraiment. Pas vraiment un film de guerre en fait. Très compliqué. Le film culte de Coppola parle d’un voyage spirituel et métaphysique le long d’une rivière pour aller retrouver un déserteur devenu chef de culte au milieu de la jungle. Vous aurez saisi la bonne vieille référence au Styx, et oui il s’agit bien d’une descente progressive vers l’enfer (l’analogie est décidément fréquente dans les films de guerre). Contrairement au film de Cimino, Apocalypse Now n’est pas vraiment un portrait de l’horreur de la guerre, mais plus une tentative de reproduction de l’expérience de la guerre. Les scènes cultes incluent le bombardement sur fond de Wagner ou encore la visite d’une bande de Playmates.

La petite raison en plus : Le film est connu pour son tournage absolument catastrophique. A force d’incidents, de retards, Coppola est devenu totalement fou (ironie quand tu nous tiens), tyrannisant ses équipes elles-mêmes sombrant dans la folie. Martin Sheen aurait du boire de la vraie vodka pendant une scène culte, provocant un pétage de câble complet et des blessures. Le documentaire Hearts of Darkness raconte d’ailleurs l’histoire du tournage le plus célèbre du cinéma.

Mood: Crise existentielle. A voir si vous êtes de bonne humeur pour casser cette vitalité insolente.

Effets secondaires possibles : Délires mégalomaniaques, paranoïaques et schizophrènes.


  • Full Metal Jacket, de Stanley Kubrick (1987)

full-metal-jacket-stanley-kubrick-kootation-com-308098

Dernier film sur le Vietnam c’est promis (nan je ne parlerai pas de Platoon car c’est d’un ennui). Le chef d’oeuvre de Kubrick est en deux parties, la première se déroulant dans un camp d’entrainement et la seconde… eh bien au Vietnam pardi. Pour être honnête, la première partie est très au dessus de la deuxième, ce qui provoque un déséquilibre dans le film. Je ne parlerai donc que de la première, où les nouvelles recrues de l’armée se retrouvent tyrannisées par l’infernal Sergent Hartman. Le film porte un regard très intéressant sur les logiques de rapports dominants/dominés et les désastres de la discipline militaire et de la volonté de chacun de vouloir trop “montrer ses couilles”. Un bouc-émissaire sera très vite choisi, et chaque recrue va assister impuissant ou complice au déroulement d’une tragédie attendue qui aura des conséquences sur leur expérience de la guerre.

La petite raison en plus : L’originalité du point de vue. Quand la plupart des films de guerre vantent de bons héros virils victimes d’une catastrophe exogène, Full Metal Jacket présente ces mêmes hommes comme faisant partie intégrante du système qui les a conduit à leur massacre. La faute à la quête de domination virile. De quoi agacer Eric Zemmour.

Mood : Si vous êtes à la recherche d’un petit revival de vos années colo/collège, que vous ailliez été du côté bourreau ou victime.

Effets secondaires possibles : Peur irrationnelle des toilettes de dortoir.


  • Du sang et des larmes, de Peter Berg (2014)

2

Fini le Vietnam, et surtout petite pause au milieu de ces films un peu trop prises de tête (il y a des soirs où on veut des batailles de gun et des bros qui s’aiment et se sauvent la vie). Le remède existe et il s’appelle Lone Survivor (titre original), où 4 soldats américains sont pris en embuscade par des talibans en Afghanistan. Le film raconte une histoire vraie (oui 4 soldats américains ont véritablement affronté une armée de 1000 talibans à la mode 300, ce n’est pas de la propagande), et reprend les bonnes vieilles recettes du survivor movie initiées par le culte Rambo (dont on ne parlera pas dans ce guide mais qui mérite une mention spéciale). L’action est très efficace, et si on passe sur le côté lavage de cerveau (des images des vrais soldats sont montrées à a fin…), il y a moyen de passer un bon moment (et si vous voulez écrire un mémoire sur la propagande dans le cinéma américain lancez-vous).

La petite raison en plus : Le casting évidemment. Mark Wahlberg, Taylor Kitsch, Emile Hirsch et Ben Foster en dudes armés jusqu’aux dents qui font face à leur destin ça fonctionne très bien. Et aussi pour l’attaque d’un village qui ressemble à l’assaut sur Minas Tirith.

Mood : Testostérone, fraternité, et des envie de faire des calins à vos bros en sortant des trucs genre “On s’abandonne jamais à la guerre ok mec !”.

Effets secondaires possibles : Sortir dans la rue nu, habillé d’un simple drapeau américain, en chantant le Star Spangled Banner tout en traitant tous les musulmans autour de “Tueurs de bons américains”.


  • La ligne rouge, de Terrence Malick (1998)

The_Thin_Red_Line_2

Bon aller, retour aux films prise de tête. C’est les fameux indigènes chantants. Mais heureusement cette fois-ci la prise de tête n’a pas lieu au Vietnam mais à Guadalcanal pendant la guerre du Pacifique. Du Terrence Malick très en forme qui oppose la destruction des hommes à la grâce de la nature. Ici aussi, le point de vue est extrêmement original et intéressant. Il n’est pas du tout question de la psychologie des soldats, mais plus du rapport général entre l’humanité et le divin/la mort (et oui, Terrence Malick) à travers le prisme de la guerre. Le film est par conséquent d’une très grande beauté, et d’une beauté très pure, agréable, qui vient contraster avec la violence des combats. Il n’y a pas non plus de personnage principal, plus des histoires d’hommes.

La petite raison en plus : La musique superbe, la beauté esthétique évidemment grandiose.

Mood : Expérience spirituelle et philosophique. Idéal si vous voulez vous rapprocher de la nature, de Dieu, de l’amour, etc. après vous être rendu compte de la vacuité de votre existence et de votre avenir.

Effets secondaires possibles: Déménagement immédiat pour les îles du Pacifique afin de vivre dans un village indigène et manger des fleurs.


  • Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow (2013)

7672_5

Ca ou Démineur de la même réalisatrice. Préférez quand même ZDT pour la simple et bonne raison que ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’avoir une femme protagoniste dans un film de guerre (lui même réalisé par une femme). Zero Dark Thirty raconte l’histoire de la traque de Ben Laden pendant 10 ans, du point de vue de l’agent de la CIA qui a mené la chasse à l’homme. Très différent des précédents puisqu’il dépeint la guerre contemporaine, celle de l’intelligence, des images. Une sorte de “L’Art de la Guerre” version 2014. Ca implique évidemment la torture, grande protagoniste du film.

La petite raison en plus : Tout le monde s’est étripé à la sortie du film. En cause, la question de savoir si ZDT fait l’apologie de la torture ou non. Des centaines de philosophes, personnalités des media, écrivains, réalisateurs, politiciens, etc. se sont criés dessus pendant des mois. En fait il y avait bien plus que ça, le film a toujours baigné dans la controverse (proximité entre la sortie et les élections, utilisation d’informations classifiées, usage des victimes du 11 Septembre, etc.). Alors faites vous un avis.

Mood : Girl power et waterboarding.

Effets secondaires possibles : Enfiler des lunettes et écrire une colonne dans le New York Times pour expliquer que c’est un film irresponsable.


  • M.A.S.H, de Robert Altman (1970)

MASH+6+Cheering

Ah, un film comique. Une satire remplie d’humour noire parfaitement maitrisée par Robert Altman. Le pitch : un groupe de médecin est envoyé sur le terrain pendant la guerre de Corée. Ils se révèlent totalement insubordonnés, délirants et courent après toutes les infirmières du coin. Mais ce sont aussi d’excellents médecins. Le film est un classique d’humour à la fois fin et un peu gras, adapté par la suite en série.

La petite raison en plus : Comme le dit le trailer du film, “MASH, a motion picture that raises some important moral questions. And then, it drops them.”. Ambiance très années 60, le film se moque du sexisme, de l’homophobie et du racisme avec un très grand esprit.

Mood : Une bonne envie de délirer façon rétro, à regarder avec d’autres gens et des substances bienfaitrices.

Effets secondaires possibles : Innombrables, vous n’aurez pas le temps de dire ouf que vous serez déjà à poil dans une salle d’opération à chanter en complimentant grassement l’infirmière comme un vieux lubrique.


Voilà, il devrait y en avoir pour tous les goûts, toutes les ambiances. Autres options : La Grande évasion, La Grande illusion, L’armée des ombres, Né un Quatre Juillet, L’enfance d’Ivan, Le Pont de la rivière Kwai, A l’Ouest rien de nouveau, Il faut sauver le soldat Ryan, Les sentiers de la gloire, etc. On ne peut pas tout avoir, peut-être une autre fois.

Adrien P

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)