Rétrospective James Dean

Rétrospective James Dean

Bientôt 60 ans qu’une des plus grandes icônes du cinéma disparaissait brutalement à bord de sa Porsche sur la route 466. Il mourut dans un éclair, puis sa légende et son rêve s’effritèrent lentement au cours du siècles pour ne représenter aujourd’hui qu’une utopie révolue, celle de la véritable liberté qui guida les plus grands artistes des années 50. En trois films, James Dean avait su incarner les aspirations et les ambitions naïves de la génération beat, celle de Kerouac, de Snyder et de Ginsberg. Ils lui survécurent, puis leur vision dut elle aussi se soumettre au cynisme et à la philosophie d’abandon qui s’imposa dans les années 80. Aujourd’hui, l’image populaire de James Dean se résume à celle d’un sex-symbol ambiance rétro, placardé en posters et imprimés de t-shirt dans des dortoirs d’université, trop limitée à celle de l’adolescent révolté de la Fureur de vivre qu’il est facile de porter en dérision. Son rêve et son oeuvre méritent pourtant plus que jamais d’être entretenus, et sa personne d’être louée pour l’inspiration qu’il a pu délivrer à travers sa carrière trop limitée.


East of Eden d’Elia Kazan, la genèse du désabusé

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Après un passage du les planches et à la télévision, la véritable carrière de James Dean commence avec l’un des plus grands chef d’oeuvres de l’histoire du cinéma. Adapté de la quatrième partie de l’épopée éponyme de Steinbeck (considérée par ce dernier comme son plus grand chef d’oeuvre), East of Eden est une adaptation du mythe de Caïn et Abel à travers une famille américaine entre la guerre civile et la Première Guerre Mondiale. Le roman raconte l’histoire de plusieurs générations, et le film ne se concentre que sur la dernière d’entre elles, en 1917. James Dean y incarne Caleb (l’équivalent de Caïn), fils d’un fermier californien et frère de d’Aron (Abel, donc). Découvrant l’existence de sa mère qu’il pensait morte, il entre en violent conflit avec son père et entretien une rivalité forte avec son frère, qui conduira, comme dans le mythe biblique, à une issue tragique.

James Dean y incarne un homme en profond manque d’amour paternel et commence à tisser son image d’homme viril et sensible, en contradiction avec les standards américains traditionnels de l’époque. Il inspire un nouveau modèle adopté par ses contemporains artistes, celui d’un gas en blouson de cuir, clope à la bouche, qui n’hésite pas à parler frontalement de ses émotions et adoptant une posture très libérale. Le film est une critique forte du modèle patriarcal imposant aux fils retenue et refoulement des émotions pour être considérés comme de vrais bons hommes (le personnage d’Aron vient symboliser ce modèle de fils parfait, froid et bien casé avec sa douce).

Le film en lui même est l’un des plus grands aboutissements du cinéma mondial. Le drame familiale se déroule dans les paysages somptueux de la Californie, au milieu des travailleurs de la terre chers à Steinbeck. Le train qui relie Salinas (la ville de Cal) à Monterey (la ville de sa mère) est un élément central du film et donne lieu à de grands tableaux magnifiques.


Rebel without a cause de Nicholas Ray, le révolté

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Dans son second film, James Dean incarne un personnage similaire au précédent mais cependant moins cruel, ce qui contribuera à rendre son symbole plus sympathique. Rebel without a cause est indéniablement le film qui a hissé James Dean au rang de légende et délimite plus son personnage de révolté contre le modèle middle-class américain entravé.

L’histoire est celle d’un adolescent, Jim Stark, débarqué dans un nouveau lycée. En conflit permanent avec ses parents, il entrera en opposition avec les bullies de son école (dont Dennis Hopper), protégeant son nouvel ami Plato (Sal Mineo). Le film est marquant pour l’époque de part sa violence et est réputé comme étant le précurseur du mouvement du Nouvel Hollywood qui n’hésitera pas, 10 ans plus tard, à défier les codes hollywoodiens pour réaliser des films choquants dans leur représentation de la violence et de la sexualité (par exemple Taxi Driver, The Graduate, East Rider ou Bonnie & Clyde pour n’en citer que certains).

Rebel without a cause est une critique acerbe du modèle social américain. Les vieilles générations y sont présentées comme faibles, soumises, et incapable de réagir aux ambitions libérales de leurs enfants, qui répondent avec violence et autodestruction. Il a inspiré la génération beat à refuser le modèle en place et offrir une nouvelle alternative, en dehors du schéma familiale traditionnel. Le charisme de James Dean et son personnage dans la vraie vie ont largement contribué à faire de lui un porte-étendard de ce mouvement.


Giant de George Stevens, la touche finale

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L’ultime film de James Dean est sorti à titre posthume, ce qui a contribué à en faire un film légendaire. Il raconte l’histoire d’une riche famille texane sur quarante ans, entre agriculture et pétrole, et James Dean n’y incarne qu’un second rôle (il retrouve par la même occasion Dennis Hopper et Sal Mineo avec qui il entretiendra une amitié forte). Souvent considéré comme le précurseur de la série Dallas, c’est une épopée de près de 3h sur le Texas et ses particularités. James Dean y incarne un jeune ouvrier de ranch, Jeff Rink, devenu milliardaire grâce au pétrole, en rivalité avec Jordan Benedict (Rock Hudson) et fou amoureux de la femme de ce dernier, Leslie (Elizabeth Taylor).

Le film n’est pas spécialement représentatif du symbole de James Dean mais traite de sujets qui sont chers à son idéal. L’un des thèmes centraux du film est le racisme exercé par les riches blancs texans envers les immigrés mexicains. Ils sont défendus dans le film par Leslie, personnage féminin extrêmement fort qui s’élève contre les hommes et combat avec ardeur pour l’égalité des droits entre femme et homme. A travers son traitement des thématiques de l’égalité, le film est encore une fois une critique du modèle social et familiale américain qui souffre du racisme, du sexisme et de l’idiotie de la figure paternelle.


Ses activités et sa sexualité

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Pour comprendre James Dean et ce qu’il a pu représenter, il faut aller un peu au delà de ses films. Son trait de personnalité le plus connu est qu’il était passionné de course de voiture et biker réputé, dont il aurait souhaité faire une carrière. Sa passion a commencé lors du tournage de Rebel without a cause (suite à la fameuse scène du Chickie Run). Sa mort n’est pas du à une course mais simplement à un excès de vitesse des plus tragiquement communs (le même commun qui a emporté River Phoenix).

Il effectua ses études à UCLA où il partagea sa chambre avec William Bast qui deviendra son biographe et avec qui il entretenait une relation romantique, ce qui amène au sujet évidemment central de la sexualité de James Dean.

Tout au long de sa carrière et pour les quelques décennies qui ont suivies, James Dean était publiquement identifié comme hétérosexuel, et même plus que ça, un véritable symbole d’hétérosexualité du à sa virilité fragile. Ses “conquêtes” féminines incluaient l’actrice Ursula Andress et l’italienne Pier Angeli, avec qui il a entretenu une relation de long terme. C’est plusieurs années après sa mort, dans les années 2000, suite à l’importance croissante des mouvements pro-égalités, que la véritable identité de James Dean fut révélée. Son biographe et ancien colocataire, William Bast, révélait la relation amoureuse qu’il avait eu avec James Dean, et fut suivi par le journaliste gonzo John Gilmore. Le réalisateur de Rebel Without a cause, Nicholas Ray, confirma les relations homosexuelles de James Dean quelques années plus tard.

La question de savoir si James Dean était gay ou bisexuel et avait des relations sincères avec les femmes n’a aucune importance. L’important est de savoir qu’il a continué, 50 ans après sa mort, à bouleverser les modèles traditionnels en alliant virilité forte et homosexualité assumée, et a été de son vivant un homme libre dans un univers hostile qui a su suivre ses émotions brutes. Par ses films, son personnage, son charisme, il a eu un impact majeur sur l’évolution morale du monde occidental et mérite plus que son visage sur des t-shirts.

Adrien P

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