Rubber

Rubber

de Quentin Dupieux

C’est l’histoire d’un pneu meurtrier qui sème la terreur dans le désert californien. Pardon, vous pouvez répéter ?
C’est vrai qu’en lisant le pitch de « Rubber », on peut vraiment s’attendre au pire. Comment le réalisateur va-t-il réussir à nous intéresser à une histoire aussi absurde, et cela pendant 1h30 ?
Et bien c’est un pari réussi pour Quentin Dupieux ! Du moins si vous aimez les films un peu étranges. Le policier en charge de l’enquête l’annonce lui-même aux spectateurs (représentés à l’écran !) dans la scène d’ouverture, ce film, comme de nombreux chefs d’œuvre, est érigé à la gloire du no reason. Pourquoi un pneu vient-il à la vie et massacre tous ceux qu’ils croisent ? Aucune raison, et au final ce n’est pas le plus important. D’ailleurs, ce pneu n’est-il pas semblable aux meurtriers des classiques de l’horreur, mutique et tuant sans mobile apparent, à l’image de Leatherface, Jason ou encore le tueur de Scream ? En plaçant la caméra à sa hauteur, Quentin Dupieux nous met au plus près du pneu et nous fait presque oublier l’apparence ridicule de ce monstre.
Mais là où le film est particulièrement intéressant, c’est qu’il prend un recul énorme sur son sujet principal en nous offrant une véritable réflexion sur le cinéma. Les spectateurs que nous sommes sont représentés à l’écran par un groupe d’Américains qui voient comme nous le film. Grossiers, irrespectueux, critiquant chaque détail de l’intrigue, le réalisateur n’hésite pas à les comparer à des animaux et à finalement tous les tuer. La frontière entre le faux et le réel est floue et ces deux mondes sont en perpétuelle interaction. Elle témoigne de la difficulté de tout réalisateur de mener à bien une œuvre personnelle sans pouvoir s’affranchir des attentes de ceux pour qui elle existe, les spectateurs.
Rubber n’est donc pas juste un film d’horreur très spécial. Ovni cinématographique, il saura plaire aux fans du réalisateur (dont c’est le premier film que je vois) et à ceux qui apprécient tout ce qui sort un peu de l’ordinaire.

Sortie en salles le 10 novembre

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