Snowpiercer, Le Transperceneigne de Bong Joon Ho ✭✭✭✭✩

Snowpiercer, Le Transperceneigne de Bong Joon Ho ✭✭✭✭✩

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    Le transperceneige, huis clos linéaire fonctionnant comme un microcosme parvient à mettre en exergue, et ce avec virtuosité, les phénomènes sociaux majeurs de notre civilisation sans jamais étouffer son propos d’un manichéeisme stupide. Adapté de la BD éponyme française de Jacques Lob, Bong Joon Ho fait ici le choix pour le moins audacieux de ne préserver du récit que sa structure principale; en l’occurrence l’idée de ce train-monde parcourant à l’infini la « blanche immensité d’un hiver éternel et glacé », devenant rapidement le théâtre d’une révolte mené par un leader -Curtis- charismatique et tourmenté (Chris Evans). Là où beaucoup de films ont échoué en versant dans l’outre mesure, la démagogie ou la violence excessive, Snowpiercer brille de milles feux.

    En effet Bong Joon Ho ne tombe jamais dans la caricature qui semble pourtant accommodante au vu des thèmes abordés: conspiration, insurrection, lutte des classes. On nous propose ici d’observer, ou plutôt de vivre l’homme tel qu’il pourrait l’être au coeur de la dissidence. D’ailleurs, Chris Evans joue si bien le rôle de Curtis qu’on réussit à pénétrer entièrement l’univers du film; on est tout bonnement transporté en passant d’un wagon à un autre, fasciné par ces personnages dotés d’un véritable background, pétrifié lors des assauts.

    Le choix de la mise en scène est aussi pertinent à bien des égards: il entre en écho avec les idéaux des personnages. Constamment en mouvement et cinglant, la caméra décrit brillamment l’ascension des « queutards » (ces gens qui vivent en queue de train, tout en bas de l’échelle sociale). Le film mérite d’être visionné plus d’une fois tant il se révèle être un monstre de complexité, il ne se contente pas d’une dénonciation acrimonieuse de notre société comme a pu le faire Elysium de manière assez complaisante cette année, non; il parvient avec adresse à nous interpeller tant sur le plan politique que métaphysique et nous questionne quant à la fatalité de nos vies, de cette part d’inhumain qui sommeille en chacun de nous ou encore la manipulation à travers notre société de consommation.

    La grande force de Snowpiercer est de ne prendre aucun parti pris, de ne délivrer aucune réponse. Même la fin en trois temps, très riche en rebondissements, déjoue tout ce que vous auriez pu vous faire à l’idée du film. Le Transperceneige semble donc être un chef-oeuvre à tout niveau, petit bémol, néanmoins, les nombreuses approximations qui viennent gâcher le plaisir des plus attentifs. En effet, Snowpiercer se permet de passer outre de nombreux détails qui font pourtant sens dans un film, on peut entre autre reprocher au train de manquer de wagons. Le train semble en effet plus court qu’il n’y paraît, d’autant plus que Bong Joon Ho ne laisse paraître aucune ellipse puisque l’action est continue. On a aussi le droit à la résurrection assez ridicule d’un fou furieux à quelques minutes de la fin qui ne rajoute pour autant rien à l’intrigue, et autres faits du style qui pourvoit le film d’un côté ridicule dont il aurait tout à fait pu se passer. Mais ces détails sont bien sûr mineurs tant les qualités abondent dans ce film SF de haute-voltige. Tout d’abord, le casting (les 8 figures de proue du film sont particulièrement convaincantes, d’autant plus que chacun a une psychologie propre, et très bien mise en valeur) mais aussi la B.O qui colle parfaitement à chaque scène, et enfin la patte scénique de Bong Joon Ho qui met très bien en scène la promiscuité et la violence tant psychologique que physique dans cet espace longiligne.

Une immense claque comme on en avait rarement reçu depuis Matrix ou 1984.    

Behnaz Burhan

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