Spécial Festival de Cannes

Spécial Festival de Cannes

Comme chaque année, L’ACD s’est rendu au festival de Cannes.
Retour sur le palmarès et sur nos coups de coeur!

L’ACD vous propose de revivre les temps forts du festival de Cannes. Pour cela, parmi les films visionnés entre le 23 et le 26 mai, certains ont été sélectionné et critiqués en exclusivité pour vous.

Le palmarès de l’ACD 2013:

En première position, en accord avec le jury, l’ACD est unanime: La vie d’Adèle : Chapitre 1 et 2 de Abdellatif Kechiche, est bel et bien un chef d’oeuvre

Ensuite, Jeune & Jolie, de François Ozon. Peut être qu’il sensibilisera un public plutôt féminin que masculin.

Puis vient Micheal Kohlass, d’Arnaud Des Pallières. Comment ne pas approuver la performance magnifique de Mads Mikkelson ?

Deux autres critiques se sont glissées, dans l’article, qui évoquent des films hors compétition officielle. Mais le festivals de Cannes, c’est aussi ça: donner une deuxième vie à des « vieux » films, proposer des des courts métrages, des films venus d’horizon différents… Pour notre plus grand plaisir!

Bonne lecture!

« La vie d’Adèle : Chapitre 1 et 2 » de Abdellatif Kechiche

La vie d'adèle image

Les lumières se rallument, un silence puis des applaudissements qui se laissent entendre. Trois heures de cinéma viennent de défiler à toute vitesse et de nous emporter dans un tourbillon de vie. La Vie d’Adèle est un choc, un instant de cinéma qui ne laisse aucun spectateur indifférent.

« Car je suis une femme »

C’est sur ces mots extraits de La Vie de Marianne de Marivaux que s’ouvre le film. Des mots loin d’être innocents puisque le film traite du passage de l’adolescence vers l’âge adulte de l’héroïne Adèle. On la retrouve au début du film en classe de première, courant pour ne pas rater son bus, maladroite, enfantine, un brin perdue. On retrouve chez elle ce sentiment de lassitude qui ne manque pas de nous rappeler les regards vides et la moue boudeuse de Sandrine Bonnaire dans « A nos amours » de Pialat. Comme elle, Adèle ne parvient pas à trouver de piment dans sa vie. Loin de fantasmer sur le beau mec de la classe, elle se sent en marge de ses amies.
Et puis un jour, un baiser échangé avec une fille vient la réveiller de sa torpeur. Adèle se cherche. Elle tente de fuir sa vérité dans les bras du premier garçon venu. Cette expérience ne fera que renforcer son mal être. Car c’est bel et bien sa rencontre avec Emma, une jeune fille aux cheveux bleus libérée et passionnée qui va faire s’abattre sur elle l’inévitable raz de marée.

Une femme avec une femme

C’est un coup de foudre qui frappe Adèle dès le premier regard échangé avec Emma. Hantée par la figure de cette jeune fille aux cheveux bleus, Adèle force le destin et s’aventure un soir dans un bar lesbien où elle la retrouve. Premier échanges et premiers moments de complicité. L’attirance et l’alchimie sont évidentes.
Kechiche multiplie les plans rapprochés et capte des regards, des sourires, des bouches entre-ouvertes qui traduisent avec une justesse déconcertante le désir et la passion qui animent les deux amantes. Il dissèque leurs émotions et plus particulièrement celle de son héroïne dont le visage ne quittera jamais l’écran pendant toute la durée du film. Kechiche nous convie à une immersion dans la vie d’Adèle et dans le sentiment amoureux. Les scènes de sexe atteignent un niveau de fougue et d’intensité rarement vu au cinéma. Souvent critiquées pour leur caractère cru et choquant, elles ne servent au contraire qu’à illustrer davantage l’amour inconditionnel qui existe entre les deux filles.

Un hymne à la liberté

Emma, personnage aérien, qui « affirme ses propres valeurs » va permettre à Adèle de s’émanciper de l’influence de son milieu pour la mener vers l’expression la plus pure d’elle-même. C’est à travers leur relation qu’Adèle éclot enfin pour devenir femme. Car La vie d’Adèle c’est avant tout l’histoire de la quête de soi-même pour atteindre le bonheur. C’est en cela que le film revêt sa portée universelle et parvient à s’ériger au rang des classiques du cinéma.

Une fascinante histoire d’amour qui a déjà marqué l’histoire du cinéma.

C.D

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« Like Fater Like Son » de Hirokazu Kore-Eda

Like-Father-Like-Son
Le sujet de « Like father like son », nouveau film du réalisateur japonais Kore Heda (dont j’avoue n’avoir rien vu auparavant, honte à moi), est ultra classique. Un couple aisé de Tokyo (carriériste et ambitieux, il travaille pour un grand cabinet d’architecture; elle est une femme au foyer modèle) apprend que leur jeune fils n’est pas le leur, il a été échangé par erreur à l’hôpital à sa naissance. Forcément, leur fils biologique a été élevé par une famille à leur opposé, qui tient une droguerie et pour qui la réussite est moins cruciale que le bonheur.
Et pourtant, le film est une réussite et mérite le Prix du Jury décerné à Cannes 2013. Là où « La vie est un long fleuve tranquille » choisissait l’angle de l’humour grinçant ou « Le fils de l’autre » de Lorraine Lévy le point de vue des enfants en y ajoutant un aspect politique, « Like father like son » se place au niveau des parents et joue la carte du réalisme.
Pas besoin de rebondissements, de spectaculaire ou de scènes pleurnichardes à outrance. Ici ce sont des petites scènes du quotidien qui nous font prendre conscience du bouleversement et qui marquent le spectateur. L’émotion et la tendresse ressortent de petits riens, comme cette scène du bain ou celle où l’un des fils souhaite poursuivre le piano car « Papa le félicite ».
Cette réussite repose pour beaucoup sur la performance des acteurs, tous extrêmement crédibles et touchants. Mention spéciale aux enfants, qui ne sont pas « juste mignons ».
A voir!

A.C

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« Jeune et Jolie » de François Ozon

jeune et jolie 2

Isabelle a 17 ans et elle a tout pour être heureuse: une mère et un beau-père aimants, un petit frère complice, un bel appartement dans le centre de la capitale, une scolarité épanouie au lycée Henri IV. En plus de ça Isabelle est très belle, elle plaie et elle le sait. Que demander de plus ? Pourtant, on se rend rapidement compte du caractère atypique de la jeune fille. En effet, elle ne dialogue presque qu’avec son frère, elle s’éloigne autant que possible des adultes, et ne prend pas part aux conversations.
Le film s’ouvre sur quelques scènes de vacances. C’est l’été et Isabelle prend ses 17 ans. C’est donc le temps des découvertes pour la lycéenne, et notamment de sa première fois. Suite à cela, le film nous entraine 2 mois plus tard. Et voilà qu’on découvre une toute nouvelle Isabelle, non pas du point de vue de son caractère mais bien de celui de ses activités. En effet, elle se prostitue après les cours.

Aucunes explications à ce stade de l’histoire, nous sommes justes spectateurs de l’horreur dans lequel s’enferme la jeune fille. Celle ci n’exprime pas de sentiments, aucun ressenti, seulement un désir mécanique et sexuel comprenant des hommes bien plus vieux qu’elle. On se demande alors inévitablement, comment elle a bien pu en arriver là ? Qu’est ce qui la pousse à faire ça ? Du début à la fin, Isabelle semble fonctionner telle un robot ne laissant entrapercevoir aucune trace d’émotions. On ne peut s’empêcher de constater une certaine perversité chez cette adolescente tombée dans un monde qui n’est pas le sien. Au rythme des rencontres et des hôtels, le spectateur impuissant ne peut qu’assister à la débauche d’Isabelle, qui ne semble pas comprendre la réalité de la situation. Elle brasse beaucoup d’argent mais ne semble pas se rendre compte du danger que présentent ces rendez vous clandestins. Et puis un jour, tout s’effondre, dur retour à la réalité. En effet, Isabelle ne semble pas tirer de conclusion de cette expérience, ou du moins, elle le cache bien.

Ce film nous met face à une réalité que nous ne percevons sans doute pas au quotidien, une réalité dérangeante. On se sent d’autant plus impuissants qu’on n’obtient finalement pas de réponses quant aux motivations de la jeune fille. Serait ce l’argent ? Une envie de se sentir désirée ? On en veut à Isabelle. Elle renie sa mère, ne s’ouvre à personne. On ne la comprend pas, personne d’ailleurs.
On ressort quelque peu frustrés par ce dernier aspect. En effet, on obtient peu voir pas de réponses. Nous nous identifions très facilement à cette famille et notamment au personnage de la mère, tout comme nous, en proie à l’incompréhension totale: « Mais qu’ai-je fais de mal pour qu’elle en vienne à faire cela ? ». C’est donc un bilan globalement positif. On ressort de la séance la tête pleine de questionnements. Qu’est ce qui dans notre société pousse des jeunes étudiantes à s’abaisser à ce type d’activités ? Nous sommes alors désireux de réponses et les théories fusent.

A.J

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« Plein Soleil » de René Clément

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Parallèlement à la compétition, le festival de Cannes permet aussi aux cinéphiles de découvrir ou de redécouvrir des chefs-d’oeuvre du septième art. Tel fut encore le cas cette année avec le film Plein Soleil (1960) de René Clément, remasterisé pour l’occasion.
Sous la caméra de Clément, c’est Alain Delon que l’on retrouve dans le rôle de Tom Ripley, personnage aussi troublant que charmant. Tom est chargé par le milliardaire américain Greenleaf de ramener son fils Philippe (Maurice Ronet) à San Francisco, loin de sa maîtresse Marge (Marie Laforêt) et de la dolce vita italienne. Il devient très vite l’homme à tout faire du couple, allant même jusqu’à accepter de prendre le large avec eux. C’est au cours de ce voyage qu’il tue Philippe, et en profite alors pour usurper son identité, réussissant avec brio son imposture.
Cependant, alors qu’il s’apprête à épouser sur Marge, le souvenir de Philippe refait surface, forçant Tom à trouver au plus vite une planche de salut…
Un bel hommage à Alain Delon, qu’on retrouvera en assassin de Maurice Ronet une fois encore neuf ans plus tard dans La Piscine, de Jacques Deray.

Poppy

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Michael Kohlhaas d’Arnaud Des Pallières

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         Pour sa première participation au festival de Cannes, Arnaud des Pallières nous présente une reconstitution rugueuse du XVIème siècle au casting haut de gamme (Mads Mikkelsen, Bruno Gantz, Denis Lavant entre autres) et à la réalisation hyper soignée.

         Michael Kohlhaas, marchand de chevaux dans les Cévennes, après avoir été victime d’une injustice décide de se venger et monte une armée de paysans guerriers pour mettre à feu la région et obtenir son dû. Dans le rôle-titre, Mads Mikkelsen est imposant. Chaque plan sublime son personnage, découpe parfaitement son visage intense en clair-obscur. Il semble directement taillé dans la plus noble des montagnes du décor. Même son accent (il joue en français) lui donne une singularité supplémentaire et fait de lui l’un des personnages les plus mémorables de ce festival de Cannes. En fait, tout est beau et froid dans Michael Kohlhaas. Les Cévennes semblent correspondre parfaitement au récit, la nature s’étendant à perte de vue suffit à donner vie à cette reconstitution historique qui laisse une impression âpre de la France rurale du XVIème siècle. La photographie splendide s’accorde à la météo, souffle et obscurité, pour parfaire l’ambiance glaciale du métrage.

   Il s’échappe de la brume montagnarde, comme une figure prophétique incarnant la justice dans une société médiévale corrompue, l’initiateur de la révolte et du refus d’un ordre social préétabli. La quête de Kohlhaas devient alors celle d’un homme contre son temps. Il engage une lutte à mort avec l’aide de tristes paysans de plus en plus nombreux, eux aussi écrasés, dont l’issue nous apparaît inévitable. Tour à tour, l’injustice, la religion, le pouvoir royal, et même la justice l’accablent et l’icône  laisse place à l’homme, affaibli par cette guerre perdue d’avance. La force de cette fatalité qui tire le film sans relâche vers sa conclusion crée une empathie pour le personnage que l’on accompagne dans son ultime combat. Néanmoins, le récit souffre de cette unicité de figure principale. Les autres protagonistes sont insignifiants et n’existent pas en dehors de leurs discours. On note par exemple la présence de Denis Lavant dans le rôle de Luther, qui dans un dialogue assez laborieux explore la pensée protestante sans jamais sortir du texte. La fille de Kohlhaas également semble présente uniquement pour remplissage et les scènes la concernant sont interminables.

       Des Pallières s’attaque ici au genre le plus singulier de ce festival, le film de chevaliers qu’il va détourner en refusant les scènes d’action. La violence n’est pas ou peu montrée. Si la première scène de bataille consiste plus en une infiltration minutieuse où les ennemis sont éliminés un à un, la seconde est filmée en plan fixe du haut d’une montagne si bien qu’on ne distingue même pas les deux armées différentes. Dans plusieurs autres scènes, la violence est hors-champ. On montre seulement les chiens lâchés sur leur proie, l’état de la femme après le massacre ou le visage de l’homme avant sa mise à mort. On n’assiste pas une seule fois à une scène traditionnelle de guerre. Le film choisit la voie de la méditation métaphysique à la Tarkovski et souffre d’une intensité très inégale. Dans la deuxième moitié du film on se prend même à somnoler tant les péripéties sont étirées au maximum et une impression de vide nous empare. Dommage que seules les 10 dernières minutes viennent nous réveiller et nous laissent l’amertume de la prouesse cinématographique non achevée.

    L’homme contre l’époque, le cinéaste contre le genre, Arnaud des Pallières est à la recherche du contrepied mais son film se perd dans cette overdose de beauté plastique qui ne parvient malheureusement pas à nous maintenir attentif et constitue seulement une ébauche de grand film.

A.T

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