Sprinbreakers, de Harmony Korine ✭✭✭✭✩

Sprinbreakers, de Harmony Korine ✭✭✭✭✩

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« Gorgeous Chicks Big Booties Yo’! And that is what life is! « 

Du Skrillex, des corps à demi-nu et nous voilà catapultés en terre sainte. Quatre adolescentes, en recherche d’échappatoire, braquent un fast-food pour partir en Springbreak. Après un court séjour par la prison et des journées remplies de drogue et d’alcool, elles rencontrent un narcotrafiquant-gangsta (James Franco).

Au vu de la campagne de publicité du film dans Paris, et de la bande-annonce, on devinait un film habituel avec Miley Cyrus. Mais le film cogne fort d’entrée, il s’écoule moins de cinq minutes avant qu’on observe les héroïnes utiliser un bong artificiel. Prises de drogues, conversations ultra-libérées: le film ressemble vite à un clip de Tyga. Mais on se sent tout de même berné par la dimension subversive et inattendue du récit. Le pire reste d’imaginer les réactions des fans-Disney Channel qui se sont déplacés pour les nouveaux rôles de leurs mini-stars: héroïnes, aux joues encore joufflues de l’adolescence, aux moeurs (très) légères, aux fesses bombées. Provocatrices, en symbiose, les voilà préparées pour ce qu’on devine être un rituel de passage à l’âge adulte. C’est là où le long-métrage ressemble à un film d’apprentissage.

On suit l’évolution intérieure et extérieure des jeunes filles qui passent de l’état d’adolescentes délurées à celui de criminelles endurcies prêtes à rentrer au bercail. Mais tout cela n’est pas aussi limpide quand il est suggéré que le changement d’état d’esprit des jeunes filles est risible et dénué de sens. Harmony Korine opère en réalité une habile critique de la société de consommation: une overdose de matérialisme, de schémas tous faits. La succession de longs plans fixes et l’utilisation(parfois abusive) de ralentis sur les symboles de cette société malade (guns, liasses de billets, grosse voiture) provoque une nausée. Les genres sont mélangés jusqu’à l’étouffement: porno-chic (ou sale, selon le point de vue), rap, divertissements MTV. Le Springbreak est alors le choix adéquat de bulle irréaliste, où tous les comportements sont excessifs.

James Franco aka Alien, espèce de figure paternelle aux allures de Sean Paul, est au centre d’une relation amoureuse avec les filles du crew. Une relation qu’on qualifierait presque de consanguine tellement les rapprochements opérés dégagent un air familial. Poisseux, méprisable et finalement fascinant, il enveloppe son univers d’une stupidité mélancolique. On sent l’ironie du scénariste-réalisateur en appelant le personnage Alien, lui qui est si terrien car représentatif du rêve américain de bon nombres de garçons. Et ce manège étrange devient du Bonnie and Clyde version 2013.

Le style de Korine avec sa réalisation-clip peut irriter, mais, comme le notait un journaliste, donne plutôt l’illusion « d’avoir pris de la drogue ou de ressembler à un rêve qui devient cauchemar ».  La bande-son agressive et abrutissante version middle classe américaine est très évocatrice, et Britney Spears en est le parfait exemple dans la meilleure scène du film(James Franco jouant « Everytime » au bord d’une piscine entouré de trois filles du groupe). Après avoir signé le scénario de « Kids », film sur la jeunesse skateuse perdue à New-York, et une absence des grands écrans français de plus de 10 ans, le réalisateur de « Trash Humpers » livre une arme de destruction massive, un film qui deviendra sans doute culte.

Quant au passage aux films « sérieux » effectué par les stars du petit écran (Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson…) , il est manifeste et assez efficace. Le plaisir ressenti à voir l’adolescente jouée par Selena Gomez, pieuse et rangée, succomber aux sirènes retentissantes du Springbreak est certainement malsain, mais l’actrice comme son personnage semble enfin avoir quitté le monde des poupées.

« Jamais vu une daube pareille » entend-on au retour des lumières. On comprendrait presque, au vu du caractère explicite du long-métrage. Mais il y a plus dans cette chorégraphie aux graphismes agressifs et superficiels. Tout le film ressemble à une longue balade enchantée sur les sentiers de la perdition.

Maël Belhadia

 

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