Suicide Squad: l’échec du DCEU ou le massacre des studios ?

Suicide Squad: l’échec du DCEU ou le massacre des studios ?

Superman est mort. Mais qu’en est-il du prochain super méta-humain ? Quelle est la garantie que le prochain superman serve la justice et le bien ?

De par ses interrogations qui menacent en haut lieu la sécurité nationale et mondiale, Amanda Waller, décide de réunir une équipe de super-vilains/mercenaires, convaincue que ces derniers seront capables de faire face à la prochaine menace sans le moindre scrupule, tout en étant le parfait bouc émissaire en cas d’échec de leurs opérations.

L’inconsistance scénaristique

Ce synopsis dévoile alors d’emblée une première faiblesse du film : le motif d’existence de la suicide squad au sein du Detective Comics Cinematic Universe (DCCU). Si Amanda Waller souhaite réellement mettre la prochaine menace méta-humaine, encore inconnue, en état de nuire, pourquoi ne pas avoir recours à une équipe de méta-humains ?

Dans le support original qu’est le comic, la Task Force X n’est pas censé avoir recours à ce genre de missions, du fait qu’elle n’est composée quasiment que d’humains. Elle est en effet une agence d’intervention affiliée au gouvernement américain et menant des opérations militaires dites « suicides » et donc trop risquées pour l’armée américaine. Lorsque l’on observe les membres de la suicide squad dans le film, on s’aperçoit alors vite que le seul méta-humain en mesure de faire face à un nouveau superman est Diablo, qui est pourtant pendant tout le long du film le membre de l’équipe sur lequel on peut le moins compter. L’épilogue démontre à lui seul le défaut de puissance qu’auraient eu les autres criminels s’ils avaient dû faire face au nouveau Superman.

On pourrait alors penser que Amanda Waller n’avait pas connaissance des autres méta-humains susceptibles de mener à bien ce genre de mission. Mais la scène post-générique, qui a une fâcheuse tendance à ressembler aux scènes post-crédits réunissant le duo Nick Fury-Tony Stark, démontre qu’Amanda Waller avait connaissance de Flash, Aquaman, Cyborg et Wonder Woman. Elle a donc pris le luxe de se passer d’eux, alors qu’elle aurait pu compter sur davantage de docilité de leur part. En outre, les vingt premières minutes du film révèlent que Deadshot et Harley Quinn ont été récupérés par Batman. Comment expliquer que Batman, qui méprise l’organisation qu’est la Task Force X, ait remis ces deux criminels à Waller et non aux autorités compétentes que pourraient être Arkham ou  Blackgate ? Cela paraît d’autant plus étonnant puisque que rien ne l’y obligeait, la scène post-crédits montrant que c’est seulement après le succès de la première mission de la Suicide Squad que Bruce Wayne comprend que Waller connaît sa véritable identité.

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« Non mais laisse Amanda, rien ne me m’obligera à te dire qui je suis réellement. Ah si : un scénario foireux.»

Des personnages ratés

Passé cette faible base scénaristique, on est alors en mesure de s’attaquer à la composition de la Suicide Squad. Les vingt premières minutes consacrées à la présentation des membres de l’équipe est intéressante, bien qu’absolument pas novatrices en terme de réalisation. Malheureusement, l’erreur a sûrement été de commencer la présentation des protagonistes par les deux personnages pour lesquels le public accorde le plus d’intérêt à savoir Deadshot et Harley Quinn.

Ce sont d’ailleurs eux qui occupent la grande majeure partie du temps à l’écran, ou devrais je plutôt dire que WILL SMITH et Harley Quinn monopolisent le film. Je dis bien Will Smith car le Deadshot qui nous est présenté à l’écran n’a rien à voir avec le support d’origine. On a une fois de plus affaire au rôle caricatural et insupportable du bon père de famille qu’est Will Smith, et qui doit faire ce qui est nécessaire pour sa progéniture au risque de se demander quelles limites rencontrera-t-il dans sa conquête visant à faire le bien tout en ayant recours aux moyens du « mal ».  C’est extrêmement dommageable dans la mesure où Floyd Lawton/Deadshot est avant tout un mercenaire solitaire, qui prône la discrétion et le silence, ayant une véritable obsession pour la mort, et non un Prince de bel air aux insupportables one liner censés donner un effet « punchline » à l’écran, et faiseur de discours rassembleurs à la independence day.

Harley Quinn apparaît elle comme l’une des seules réussites du film avec Batman (un succès assez ironique puisque l’Homme Chauve Souris n’apparaît pas plus de 5 minutes). Cependant, bien que la prestation de Margot Robbie soit convaincante et l’énergie qu’elle y consacre satisfaisante, la réussite du personnage d’Harley Quinn n’en reste pas moins mitigée. Sa sexualisation à outrance en est presque gênante, et il apparaît comme évident que les auteurs n’ont pas compris la complexité de la relation qui lie le Docteur Harleen Quinzel à son patient que fut le Joker.

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Harley Quinn est réduite à un statut de femme-objet auprès du Joker, alors qu’elle ne devrait en être qu’un objet. L’amour inconditionnel que porte Harley à Monsieur J n’est absolument pas réciproque, ce dernier n’hésitant pas à la maltraiter ou à s’en débarasser comme il le souhaite. Et c’est précisément ce point qui rend cette relation si intéressante : Malgré tout ce que le Joker lui a fait subir, Harley reviendra sans cesse vers le Joker, tandis que le Joker n’éprouvera de la jalousie à l’égard d’Harley que dans  la mesure où cette dernière se montrera désintéressée de lui. C’est précisément ce désintéressement qu’est sensé incarner Deadshot lorsqu’Harley se rapproche de lui. Mais il est important de se rappeler que le véritable amour du Joker n’est pas Harley, contrairement à ce qu’essaye de montrer ce film, mais bel et bien le Batman.

Une équipe dépourvue de charisme

Concernant le reste de l’équipe, cette dernière est largement oubliable de par l’absence totale de back-story qui leur est consacrée. Killer Croc n’apporte aucune utilité, ne balance que cinq répliques dont deux totalement stupides. Le pari  audacieux de ne pas avoir recours aux techniques numériques pour son costume est malheureusement un échec. Diablo est le seul ayant une réelle histoire et qui connaît une certaine évolution au cours du film, mais cela demeure malheureusement insuffisant pour qu’on puisse s’attacher à lui. Le Captain Rick Flag est dépourvu de tout charisme, Katana n’apporte strictement rien au film, et le Captain Boomerang sombre bien trop dans le cliché pour qu’on puisse parler de personnage réussi. Enfin la performance de Jared Leto est bien trop médiocre, et son temps conscacré à l’écran (une quinzaine de minutes) est trop insuffisant pour qu’on puisse se fixer une idée définitive de son Joker. Néanmoins avec le peu que l’on ait à voir, on peut constater que l’on a affaire à un joker bien trop prévisible, et quelque peu raté de par la volonté d’en faire un « Joker gangsta bling bling ». Enfin, comme beaucoup de personnages de ce film, le Joker apparaît presque comme inutile, ne servant majoritairement que de back story au docteur Harleen Quinzel. Ce qui est d’ailleurs terrible pour Leto, c’est qu’il ne parvient pas à monopoliser l’écran en tant que Joker. Il ne capte pas l’attention au contraire d’un Ledger ou d’un Nicholson. Il n’y a plus qu’à attendre la Justice League, ou le prochain film Batman, pour se rendre compte si l’on a bel et bien affaire à un Joker mécompris dans son interprétation, et non pour l’instant à un Joker de pacotille.

 

Avec de tels membres, comment peut-on alors espérer avoir une équipe crédible et qui tienne la route ?

L’union des héros est pathétique et devient difficile à croire quand on observe l’absence notable d’interaction entre les personnages, les dialogues se résumant aux insupportables monologues de Will Smith.  

Les facilités scénaristiques sont multiples, le recours permanent au deus ex machina insupportable, le montage est catastrophique, et la réalisation est extrêmement fade et manque cruellement de rythme et de cohérence. Ce manque de cohérence pourrait d’ailleurs être résumée par la bande son du film. Cette dernière se dote de musiques extrêmement cools et variées allant de House of the rising sun à Queen, mais l’absence de liens et de transitions entre ces musiques donnent au final un résultat on ne peut plus mitigé.

 

The Killing Joke

Que retenir alors de ce dernier film de la Warner ? Et bien qu’il s’agit justement d’un film de studio qui ne recherche que la rentabilité. Le phénomène n’est pas nouveau, mais lorsque l’on voit Suicide Squad, on peut se dire que cette tendance a été poussée à son paroxysme.

Le contraste entre le teaser de juillet 2015 et les bande annonces qui suivirent est saisissant, et démontre bien la volonté du studio de s’aligner sur un public friand de long métrages où les héros n’ont aucune responsabilité et se contentent de plaisanter entre eux. De fait, le film n’a alors aucune identité, comme l’attestent justement ses différentes bandes annonces, dont les ambiances sont extrêmement différentes les unes des autres, sans qu’aucune ne soit véritablement retrouvable dans le produit fini.

Ce film ne pose aucune problématique, bien que  cette caractéristique soit retrouvable chez un bon nombre de  films Marvel, Captain America : Civil War étant le dernier exemple en date. Mais l’absence totale de rythme après vingt premières minutes intéressantes, les multiples clichés de réalisation  et le fait que le film ne fasse absolument pas avancé le DCCU dont les bases ont été posées par Man of Steel en 2013, font que l’on a affaire à un très mauvais film.

Suicide Squad est en effet au delà d’un film raté, un film prétentieux comme l’atteste sa monstrueuse campagne de publicité qui a voulu nous vendre un film « cool » mais qui au final est totalement en décalage avec l’ambiance promise par ses divers teasers et trailers.

Le plus inquiétant est à redouter et très certainement à venir lorsque l’on observe le succès du film, qui démontre que la Warner a malheureusement réussi son pari…

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Non, non : worst heroes MOVIE ever

 Rattrapages 

Si vous souhaitez néanmoins voir un bon film réunissant la Suicid Squad, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil au long métrage animé Batman : Assault on Arkham sorti en 2014. Si vous cherchez à voir des films DC Comics du temps où la Warner faisait confiance à ses réalisateurs, alors plongez ou replongez de suite dans les univers de la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan et celui du sous-estimé Watchmen de Zack Snyder.

Maxence Van Brussel

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