« Summertime » de Matthew Gordon, déroute initiatique et anti-rêve américain

« Summertime » de Matthew Gordon, déroute initiatique et anti-rêve américain

  Dans une petite ville du Mississipi, Robbie, 14 ans, abandonné par sa mère et de père inconnu, est contraint de s’occuper de son demi-frère, Fess, et de sa grand-mère, la vieille Gimmel. L’été arrive, les deux frères passent leur temps dans les champs, aux abords de la  la rivière ou du distributeur de sodas de la vieille station service. Quand le frère aîné, Lucas, réapparaît l’espoir d’une famille à nouveau réunie renaît.

Prix du Jury au Festival de Deauville, « The Dynamiter » (renommé « Summertime » pour sa sortie française) est le premier long-métrage d’un documentariste d’expérience, Matthew Gordon qui aura passé 15 ans à réaliser des documentaires pour HBO, Discovery Channel… Film indépendant, ce dernier est entièrement financé par le réalisateur et ses proches,  composé d ‘acteurs non-professionnels de la région.

Matthew Gordon filme le Sud appauvri, le Mississipi et son taux de chômage record. Ses champs à pertes de vue, ses bicoques clairsemées et ses routes désertes. Au milieu de ce décor, Robbie se débrouille pour protéger son demi-frère et tenter de s’en sortir comme il peut. Élève moyen et à problèmes, le directeur lui impose la rédaction d’une dissertation  libre, validant son passage au lycée. Le jeune adolescent commence à y inscrire ses rêves, ses envies et ses désillusions. La conclusion sera sans appel, à l’image d’un rêve américain qui n’existe plus dans ces contrées reculées.

Le corps de Robbie transpire, la sueur mouille ses tee-shirts dans un combat pour faire respecter son nom et protéger sa famille. La tension est palpable en écho à une météo moite, et orageuse. On suit son parcours tragique, entre affrontements et désœuvrements, force tranquille et violence décomplexée. Robbie est un Dynamiter, dans l’énergie qu’il met en œuvre pour dépasser sa situation : des responsabilités  qui arrivent trop vite, des espoirs déchus par la réalité environnante.

La lumière naturelle inonde le film, et on décèle ici toutes les qualités d’un documentariste expérimenté ainsi que son ode à une nature farouche et hostile. Le contraste est frappant entre cette lumière aveuglante, et l’obscurité du propos. Entre l’attachement à cette terre, et  le déracinement final et contraint de Robbie. Les focales de Gordon illustre à merveille le trouble dans lequel est plongé l’adolescent. La spontanéité des jeunes acteurs est servie par une caméra sans filtre, et la brutalité de ces existences mise à jour. L’honnêteté et la vérité éclatent comme une révolte sourde.

En toute retenue et simplicité, Mathew Gordon signe un film familial d’un puissant réalisme, sans jamais tomber dans le travers d’un misérabilisme complaisant. Le réalisateur se situe dans la veine du cinéma indé US, mettant à mal l’optimisme du rêve américain, prêtant une voix à ses laissés-pour-compte. Un auteur à suivre.

Kénan J

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