Télé gaucho, de Michel Leclerc

Télé gaucho, de Michel Leclerc

Télé Gaucho de Michel Leclerc, s’inspirant de faits réels de Télé Bocal dans les années 1995-2000, nous installe dans un squat du 20e arrondissement, peuplé d’anarchistes et autres révolutionnaires qui cherchent à créer une chaîne de télévision de proximité : la seule télé « libre » de toute la France qui, elle seule, échapperait aux mains des puissants et des vendus. Le jeune Victor, grand passionné de cinéma et tout droit sorti de sa campagne profonde, débarque enfin à Paris afin d’y faire un stage pour la grande chaîne de télévision HT1. Il se trouve très vite embarqué dans cette bande, allant de manifestation en manifestation, caméra à l’épaule, et rencontre par la suite Clara, interprétée par Sara Forestier, dont il tombera immédiatement amoureux.

Si l’on peut louer la très bonne performance des acteurs (le jeune Felix Moati, que l’on avait déjà vu dans LOL, se présente très juste et convaincant ; Sarah Forestier toujours aussi impressionnante ; notre Gainsbarre préféré, Eric Elmosnino, est très professionnelle ; Maïwenn, largement moins narcissique que lorsqu’elle se filme elle-même…) et apprécier l’instant de détente que nous procure ce film, ainsi que les bons éclats de rire que l’on peut avoir (surtout durant les 15 premières minutes du film !), ce film n’apparaît finalement pas très convaincant.

Le spectateur ne peut s’empêcher d’établir une comparaison avec le dernier film de Michel Leclerc, Le Nom des gens, de 2010 (César du scénario original et César de la meilleure actrice pour Sara Forestier), qui présentait déjà un discours politique socialiste et revendicateur (Sarah Forestier y jouait le rôle d’une « pute politique » qui couchait avec tous les hommes de droite qu’elle rencontrait afin de les faire changer d’opinion). En effet, alors que ce film nous proposait une véritable incarnation des personnages, un scénario particulièrement bien écrit, une grande justesse dans son propos et sa poésie, Tele Gaucho, au contraire, ne tient pas aussi bien debout. Le réalisateur ne parvient pas à sortir de la simple ligne du récit : il veut à tout prix faire avancer l’histoire, enchaîner les événements au risque de ne pas bien les faire transmettre au spectateur. Les scènes s’enchaînent de manière plutôt démonstrative et précipitée, sans prendre le temps de s’installer, de prendre de l’épaisseur.

Les quelques incohérences et maladresses du film (notamment la relation invraisemblable du héros avec ses parents) nous poussent, certes, à adopter un certain regard tendre et amusée sur l’histoire et les personnages, mais elles nous empêchent surtout de croire en cette histoire et en ses personnages. Un grand fouillis général – et pas seulement celui du squat en lui-même- règne pour une grande partie du film. Les personnages finissent par n’apparaître que comme une bande de guignols, de marginaux écervelés ; ce qui est vraiment dommage, étant donné que le spectateur ne demandait qu’à pénétrer lui-même dans cette joyeuse bande et à croire un minimum en eux et en leurs revendications. Le manque de « cohérence politique » que le groupe vit dans le film se fait trop sentir dans la structure même du film ; et cela l’empêche d’être tout à fait digne d’intérêt.

Mais les quelques bonnes trouvailles (par exemple, la très drôle crise de panique du personnage d’Eric Elmosnino lorsqu’il se croit perdu et ne trouve plus le métro ou encore les sketchs que réalise le personnage principal), la fantaisie du film et la qualité de ses dialogues permettent tout de même au spectateur de passer un agréable moment. Cependant, ce film ne nous donne qu’une envie à la sortie : revoir avant tout le précédent du réalisateur. Il n’a donc pas vraiment réussi à relever son défi.

Marion Attia

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