The Dark Knight: Not the movie we deserved, but the one we needed.

The Dark Knight: Not the movie we deserved, but the one we needed.

Synopsis

Avec Batman Begins en 2005, Christopher Nolan était parvenu à réaliser l’impossible, à savoir redorer le blason du chevalier masqué sur grand écran, sept ans après le calamiteux Batman et Robin. Les nouvelles origines du mythe de l’homme chauve-souris furent convaincantes, et dès lors, la question était désormais de savoir comment le justicier Batman allait mener son combat contre le vice et la corruption de Gotham. Plus particulièrement, comment allait il gérer l’escalade de criminalité que son apparition a suscitée ?

Cette escalade est annoncée dès la fin de Batman Begins par le biais d’une carte, celle du Joker. Ainsi est la double-interrogation soulevée par The Dark Knight : le chevalier noir sera-t-il en capacité de lutter contre le chaos qui s’installe à Gotham ? Bruce Wayne parviendra-t-il à résoudre les questionnements qui le rongent concernant sa double identité ?

“Not just a movie, but an event.”

Il me tenait à cœur d’écrire sur cette œuvre dans la mesure où il s’agit très certainement d’un des films m’ayant le plus marqué. Lors de sa sortie en 2008, je n’avais pas visionné le premier opus de C.Nolan, et ne voyais en Batman qu’un super héros de série b (les dessins animés des années 2000 étant à des années lumières de la cultissime série animée de 1992 créée par B.Timm et P.Dini).

C’est alors à ce moment que la magie du septième art opère : venu avec des attentes minimales, je suis ressorti de la salle avec le sentiment que les 2h30 qui venaient de s’écouler allaient avoir un impact certain sur ma vision du cinéma. Ce terme d’impact peut paraître exagéré, mais il est en réalité entièrement justifié. De fait, outre la découverte du réalisateur Christopher Nolan (Inception, Memento, Dunkerque, Interstellar, Le Prestige …), de l’univers passionnant des comics et des autres adaptations de l’homme chauve-souris, The Dark Knight m’a permis de vivre une expérience en salle unique.

Cette expérience, c’est avant tout la découverte d’une réalisation maîtrisée de bout-en-bout, d’une bande originale des plus épiques et émouvantes, et d’un scénario et casting parfaits. La performance d’Heath Ledger demeure encore gravée dans les esprits comme l’atteste le récent I am Heath Ledger, tandis que la noirceur de certains messages et la tension constante du long-métrage viennent réellement produire une expérience, dans la mesure où l’immersion du spectateur avec le film est totale. Il faut en effet se remémorer qu’avant 2008, et ce malgré certaines exceptions notables (tel le brillant Unbreakable de M.Night.Shyamalan),  toute personne visionnant un film de super-héros était confrontée à des codes extrêmement conventionnels. Bien que le Marvel Cinematic Universe vienne les entériner dans les années 2010, parfois de façon adroite, The Dark Knight constitue encore à ce jour un véritable ovni en la matière.

Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur la réussite de The Dark Knight. C’est pourquoi je vous propose de revenir sur la grandeur de ce film par le biais de scènes clés qui constituent son essence et contribuent à son statut de film culte. En dépit de la qualité incontestable de l’ouverture du braquage de banque, du tour de magie du Joker, de la réception au sein du penthouse Wayne, de la destruction de l’hôpital, ou encore de l’expérience sociologique des ferries (pour ne citer qu’elles), nous nous contenterons d’analyser deux scènes magistrales : Celle de l’interrogatoire entre le Joker et Batman, et la confrontation finale entre Batman, le commissaire Gordon et Harvey Dent.

Agent of Chaos

C’est en visionnant la scène de l’interrogatoire et en s’intéressant à sa conception et réalisation que l’on peut tout de suite saisir la réussite de The Dark Knight. Cette réussite est bien sûr due à la superbe écriture de C.Nolan, J.Nolan et D.S Goyer, mais doit également  à l’implication totale des acteurs sur ce projet.

De fait, cette scène, qui apparaît en milieu de film, a été tournée lors des trois premières semaines d’un tournage de sept mois ! Si cela a permis à Heath Ledger et Christian Bale de se mettre directement dans le bain, les deux acteurs étant enthousiastes à l’idée de tourner cette scène très tôt, il n’en fallait néanmoins pas un talent certain pour l’accomplir. Les performances des deux acteurs, auxquels Nolan a donné beaucoup de liberté (le coup de la tête sur le bureau n’était par exemple pas scripté, mais réalisé à la demande de Ledger) ont très certainement donné le ton pour le reste du tournage.

C’est d’ailleurs dans sa tonalité que cette scène surprend et en reste mémorable. Initialement, le spectateur peut légitimement penser que la présence du Joker dans cette salle constitue un élément de résolution : Ce dernier vient enfin d’être capturé, après avoir tenté de tuer celui qu’il pensait être Batman, à savoir Harvey Dent. Néanmoins un nouvel élément perturbateur s’interpose : Harvey n’est jamais rentré chez lui.

Batman se présente donc au Joker pour le faire parler. Alors que la tension est à son comble, la première partie de la scène est d’un calme extrême, avec deux ennemis qui se livrent un dialogue d’1min47, ou du moins, avec un Batman contraint d’écouter le monologue du Joker. Le chevalier noir est en quête de réponses, tandis que le Joker en profite pour le tester et se jouer de lui. Ce jeu repose sur l’énonciation de vérités, particulièrement difficiles à accepter, du fait qu’elles émanent d’un psychopathe. C’est ce monologue qui entérine l’idée que, pour la première fois, Batman est face à un ennemi qu’il ne pourra battre.

Ce dernier confiait plus tôt à Alfred que les criminels n’étaient pas compliqués, et qu’il fallait simplement comprendre leurs motivations.  Or, le Joker est précisément insaisissable et c’est là que réside toute sa dangerosité. Au-delà de sa folie, le Joker est parfaitement lucide sur les implications du combat de Batman : Son apparition empêche tout retour en arrière, ses méthodes l’empêchent de prétendre à être un réel symbole de justice, et son action durera tant que les forces de police n’auront pas de raisons d’en faire un paria. Inversement, avant cet échange, Batman ne dispose pas des clés lui permettant de comprendre qui est réellement le Joker : Il n’est absolument pas une ordure qui cherche à tuer pour l’argent. Il est un agent du chaos, le revers de la chauve-souris, sa parfaite Némésis, celui qui le complète.

Cette scène, avant même qu’Harvey ne bascule dans la folie, est annonciatrice de la victoire du Joker. Au moment où celui-ci révèle que Dent n’est pas le seul otage, Batman perd totalement son contrôle. Néanmoins, sa force physique ne lui procure aucun avantage sur le clown prince du crime, grand vainqueur de cet affrontement psychologique. Cette impuissance est d’ailleurs traduite à merveille par le jeu de Christian Bale, au regard décontenancé et aux mains tremblantes, ainsi que la caméra mouvante, traduisant un Batman qui cède totalement à ses pulsions.

Cette révélation de la double prise d’otage est d’autant plus surprenante qu’elle démontre la toute-puissance du Joker en tant qu’ennemi de la chauve-souris. Sans même connaître son identité, il parvient à affaiblir l’homme derrière le masque en s’en prenant à ses proches. Le Joker est alors le premier, et peut-être le seul, à ne pas voir Batman comme un être élémentaire ou un symbole terrifiant, mais comme un homme fait de chair et de sang, qui peut être blessé et donc détruit.

Outre les bons jeux de lumière, inexistante au début puis surexposée au moment de l’apparition de Batman, il convient de souligner la justesse de C.Nolan d’avoir supprimé la séquence originelle du coup de boule. Cette suppression permet de mieux laisser place à la spontanéité de Batman, qui décide de relâcher brusquement le Joker après son aveu, afin de pouvoir sauver Rachel.

En plus de démontrer l’esprit de génie du Joker, sa perversité, sa grande intelligence, sa capacité de discernement et la justesse de sa vision sur Gotham qui se confirmera dans The Dark Knight Rises, cette scène pose donc à merveille la question du combat de Batman ainsi que sa relation avec le Joker.

You either die a Hero, or you live long enough to see yourself become the Villain

Au moment où Gordon arrive pour tenter de sauver sa femme et ses enfants des griffes de Dent, ce dernier ne lui manque pas de franchise. Le lieu du kidnapping n’a rien d’anodin puisque c’est ici que Rachel a été enlevée, et qu’elle y a péri, et dans une certaine mesure que Double-face est né.

Si cette scène est tant réussie et mémorable, c’est du fait qu’elle constitue une parfaite scène de résolution. En quelques répliques, tous les enjeux du film nous sont rappelés, laissant l’occasion au spectateur de constater les échecs de chacun des protagonistes : Gordon, fautif d’avoir davantage placé sa confiance en ses équipes corrompues qu’en Harvey, demeure persuadé que cette confiance était un mal nécessaire pour vaincre la pègre. De son côté, Double-face, lucide depuis le début de son combat, cède à ses pulsions destructrices suite à la perte de sa bien-aimée.

La performance de Aaron Eckhart en est alors bouleversante. Alors qu’Harvey est dépeint tout au long du film comme l’ultime espoir de Gotham, il s’avère finalement faillible, car humain au contraire du symbole de Batman. Avec Harvey Dent, on observe le sombre reflet de Bruce Wayne : Bruce a choisi de lutter contre le crime pour venger la mort de ses parents, et de poursuivre cette quête malgré la perte du seul être qui lui donnait une chance de retirer son masque. Harvey, quant à lui, a plongé dans la haine et dans ses pires démons, convaincu que l’on ne peut être admirable et honorable en des temps détestables. Ce criminel qui s’ignorait n’a plus qu’un but ultime, se venger, clamant au commissaire qu’il est conscient du fait qu’il n’y a pour lui aucune échappatoire possible.

Arrive alors le chevalier masqué qui tente de raisonner le chevalier blanc déchu. D’aucuns pourraient souligner une facilité scénaristique, dans la mesure où Batman était potentiellement dans la capacité de neutraliser Dent et de sauver le fils de Gordon sans avoir à discuter avec l’ancien procureur de Gotham.

Cependant cela nous aurait non seulement privé du dialogue le plus émouvant du film, tout en omettant une facette clé de l’homme chauve-souris à ce moment précis. Malgré le fait que le Joker ait retourné Dent en sa faveur, prouvant que « tout ce qui différencie un fou d’une personne saine d’esprit c’est un mauvais jour » (The Killing Joke, Moore), Batman ne considère pas Harvey comme un criminel et demeure persuadé qu’il est encore possible de le sauver et de le raisonner. Mais l’excellent travail de photographie de Wally Pfister soulignait déjà fortement que le retour en arrière était impossible pour Dent. Au début de la scène, Dent a son visage dans l’ombre, dissimulant son profil gauche ravagé, sans pour autant masquer la dureté de ses traits épargnés par les flammes. Lorsqu’il est totalement mis en lumière, cela ne vient que nous confirmer qu’Harvey Dent, le meilleur d’entre eux et le réel symbole d’espoir de Gotham, est bien mort, ayant laissé sa place à Double Face. Malgré sa juste vision sur l’idée que la chauve-souris a sous-estimé l’indécence de ses ennemis et de ceux qu’il protégeait dans son combat, Dent est devenu lui-même l’agent du chaos qu’il a combattu, ne jurant que par le hasard et son prétendu caractère de justice élémentaire.

Et pourtant, en dépit de sa prétention à vouloir faire confiance à la seule chance pour juger les personnes responsables de la mort de Rachel, Dent désobéit lui-même aux règles qu’il s’était fixé. Alors que la pièce retombe du bon côté pour Batman, Harvey l’abat froidement, illustrant par cette action que sa haine a définitivement pris le dessus.  Il est à noter dans cette scène la superbe composition de James Newton Howard, Watch the World burn.

Son travail, trop souvent éclipsé par le thème plus mémorable du Why so serious aux cordes frottées insidieuses de Hans Zimmer, a pourtant été décisif dans la construction dramatique de cette interaction. Ce thème vient sublimer le dernier dialogue de Double-Face avec Gordon (dialogue qui fait directement écho à la dernière discussion entre Harvey et Rachel) tout en illustrant à merveille la victoire du Joker : les trois hommes qui se sont dressés contre lui s’en sont retrouvés brisés, et à deux doigts de s’entretuer.

Malgré leurs erreurs et défaite, C.Nolan parvient tout de même à nous rappeler subtilement que ces trois justiciers en demeurent des hommes bons : Pour aucun des trois, la pièce n’est tombée du mauvais côté…

 

Maxence Van Brussel

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