The LunchBox, de Ritesh Batra ✭✭✭✩✩

The LunchBox, de Ritesh Batra ✭✭✭✩✩


The-Lunchbox

Ne vous y méprenez pas, Dabba (The Lunchbox) n’est pas de ces films indiens exubérants jusqu’à l’overdose, ici pas de danse, ni de chants et le film se révèle en réalité plutôt court, peut-être pour la simple et bonne raison que Dabba se situe loin des sentiers battus du cinéma Bollywoodien. En effet, Ritesh Batra se veut être le chantre d’une nouvelle vague indienne, filmant au plus près de son pays et de ses moeurs et ce sans jamais tomber dans la complaisance de la misère tel un énième Slumdog millionnaire.

Le scénario, très ingénieux, fait du système des « dabbawallah » son main-support: ce système de livraison de « boîte-repas » pour le temps de la pause déjeuner est connu pour être quasi-infaillible, pourtant une erreur s’immisce dans la grande entreprise, intervertissant les « dabba » d’un vieux comptable bougon (Saajan Fernandes incarné par le très bon Irrfan Khan) et celui d’un mari dont la femme (Illa) songe à reconquérir le coeur en lui mijotant de bons petits plats. À partir de là naît une relation épistolaire dans laquelle chacun des deux protagonistes tentent d’échapper à leur solitude respective.

Contrairement aux plats toujours plus délicieux que concoctent Illa pour le dabba, le film lui s’efforce d’être frugal au possible, pas d’effet clinquant, ou de dénonciation acariâtre, il parvient à véritablement capter ce qui fait l’essence de l’Inde contemporaine le plus sobrement. Ce travail sur l’ambiance tant au niveau de l’image et du son que des usages nous y propulsent dés les premières minutes. Ainsi R. Batra dresse avec une certaine légéreté le quotidien comme on pourrait le concevoir dans la mégalopole de Mumbaï entre ses foules denses, ses embouteillages à perte de vue et l’isolement toujours plus certain des personnages, ce qui ne mène pour autant jamais à de la commisération, mais à des situations toujours plus cocasses les unes que les autres. Le spectateur occidental pourrait en effet facilement se sentir révolté par la condition de la femme décrite ici, avec Illa qui subit, bien qu’elle tente de s’en dépêtrer, son morne quotidien de femme au foyer, mais bien au contraire c’est le rire et une forte impression qui l’emporte. « Dabba » n’est donc jamais lourd et a l’avantage de ne pas jouer sur notre fibre mélodramatique ou compassionnelle. Ce conte moderne qui déborde de fraîcheur dévoile des personnages dont l’histoire et le quotidien ne les rendent que plus attachants. Tandis que Saajan devient de moins en moins bougon au contact des dabba d’Illa et de ses lettres, cette dernière se réalise dans cette relation épistolaire qui lui procure l’espoir et la force de se défaire de son mariage. La présence de Shaikh, le remplaçant au poste de Saajan, apporte au film une touche drôlement farfelue, mais aussi beaucoup d’espoir et de tendresse.

Cette romcom indienne à la fois sensuelle et sensible, émouvante et légère, drôle et pétillante nous fait passer un moment agréable.

On peut pourtant être déçu de la tournure que prend le scénario et la mise en scène, notamment au niveau des scènes de lecture des lettres qui s’enchaînent très rapidement, et qui ne sont rien d’autre que de longues conversations en voix off. C’est bien entendu un détail importantpour montrer à quel point la vie des deux protagonistes finit par presqu’exclusivement tourner autour de cette relation épistolaire, mais un peu plus d’action n’aurait sûrement pas été de refus. Le dénouement au goût mi-figue mi-raisin en frustrera par ailleurs plus d’un.

Dabba n’est donc pas un chef-oeuvre, mais est en tout cas une oeuvre qui risque de marquer un « tournant » dans l’histoire du cinéma indien. Le film de R. Batra nous donne à voir Mumbaï, ses us et coutumes au plus près comme l’a rarement fait l’Inde auparavant, et rend donc, de ce point de vue là, hommage à d’illustres réalisateurs comme Satyajit Ray.

Behnaz Burhan

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