Thérèse Desqueyroux, de Claude Miller

Thérèse Desqueyroux, de Claude Miller

 

Thérèse Desqueyroux est le dernier long métrage que le cinéaste Claude Miller aura réalisé avant de mourir en avril dernier. Adapté du roman de François Mauriac, il retrace l’histoire de Thérèse Laroque, riche héritière d’un domaine forestier des Landes et promise à Bernard Desqueyroux, lui-même issu d’une famille fortunée. Dans la France des années folles, la liberté n’est pas de mise, on arrange les mariages pour agrandir sa propriété et allier les familles appartenant à une même classe sociale. Le mariage a lieu mais très vite le mal-être envahi Thérèse qui se sent prisonnière des conventions ancrées dans les mentalités de son époque.Exaspérée par le comportement de son mari, elle tente alors de se libérer du personnage qu’elle doit mimer en l’empoisonnant à petit feu.

Thérèse Desqueyroux c’est donc avant tout une jeune femme avant-gardiste et oppressée par les règles sociales de son époque qui veut échapper à la vie à laquelle on l’a prédestinée. Elle est torturée intérieurement, révoltée, exaspérée par la bêtise des gens qui l’entourent, parfois sans trop savoir pourquoi. C’est un esprit mystérieux et insaisissable.Personne ne parvient à cerner qui elle est vraiment, ni même le spectateur. En effet, elle dégage une froideur qui nous empêche de percevoir ses émotions et ses ressentis. Toujours impassible, elle mène une existence empreinte de monotonie ne laissant aucune place à la spontanéité, ni même à la passion. Cette existence et cette vie bien rangée, c’est celle des femmes de la bourgeoisie des années 1920. En témoigne, la façon dont les ardeurs de la jeune Anne sont réprimées lorsqu’elle connaît l’amour véritable. Thérèse Desqueyroux est donc une figure éminemment moderne dans ce tableau. Ce personnage à la fois dérangeant et énigmatique, Audrey Tautou le joue à la perfection.D’un autre côté, il y a Bernard Desqueyroux interprété par Gille Lelouche. Il est l’incarnation parfaite des hommes fortunés de son époque. Doté d’un esprit plutôt simple, il est le symbole de la vieille France.

Entre la justesse du jeu de rôle des acteurs principaux, la beauté des paysages et la précision des costumes d’époque, l’adaptation du roman de François Mauriac par Claude Miller est une réussite. On regrette cependant de ne pas pouvoir comprendre d’avantage toute la complexité du personnage de Thérèse et bien souvent on assiste au déroulement des scènes sans pouvoir le cerner complètement. On a l’impression qu’elle-même ne se comprend pas totalement. En effet, celle-ci pensait que le mariage serait la solution à tous ses tourments mais elle ne parvient finalement pas à trouver la sérénité intérieure à laquelle elle aspire. Enfermée dans une époque qui n’est pas la sienne, Thérèse n’est-elle pas tout simplement une femme qui veut vivre sa vie ?

Elisa Cornu

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