Tom à la ferme, de Xavier Dolan ✭✭✭✭✩

Tom à la ferme, de Xavier Dolan ✭✭✭✭✩

 

 

Présent en compétition à Cannes cette année après une longue attente pour son dernier film Mommy, Xavier Dolan s’attaque au cinéma de genre pour son quatrième long-métrage, présenté à la Mostra en 2013. Largement acclamé par la critique française depuis ses débuts, le cinéaste canadien n’est plus à présenter. Il signait avec son premier film, J’ai tué ma mère, une oeuvre personnelle, touchante, et proposait une vraie offre nouvelle de cinéma, vigoureuse et ambitieuse, qu’on retrouvait dans Les Amours imaginaires. Rejeté de la compétition cannoise et relégué à la sélection Un Certain regard, son troisième film Laurence Anyways jouait dans un registre différent, plus académique et enveloppé d’une candeur qui fut taxée d’immaturité. Le virage vers le thriller psychologique était le moyen parfait pour Dolan de sortir brutalement de ses maniérismes de mise en scène (l’usage glouton de ralentis notamment).

Adapté d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, on suit dans Tom à la ferme un jeune publicitaire de Montréal débarqué à la campagne pour l’enterrement de son mec. Il loge dans la ferme d’enfance du défunt, où vivent sa mère Agathe et son frère Francis. Cette dernière ignore tout de l’homosexualité de son fils, maintenue secrète par Francis et lui-même. Tom se retrouve forcé de participer à cette mise en scène et un rapport pervers de soumission commence à se développer entre Francis et lui.

En surface, Tom à la ferme joue sur des thématiques classiques du thriller psychologique. L’opposition entre rural et urbain est un cliché du genre (on a en tête Délivrance), et le film s’inspire ouvertement de grands Hitchcock comme Vertigo. L’atmosphère grise et terreuse de la campagne québécoise constitue un arrière plan parfait aux rapports brumeux entre Francis et Tom. Au cour de leur relation sadomasochiste, les fantasmes dérangés font émerger des transferts de personnalités et une volonté de soumission mutuelle dérangeante dans son intensité. Ce qui impressionne, c’est à quel point le jeu véhicule une force sexuelle charnelle latente qui était pourtant très absente des précédents films de Dolan. Laurence Anyways évoluait dans le platonique pur, dépourvu de toute sexualité, et Les Amours imaginaire s’amusait d’entractes sexuels très oniriques et en dehors du récit, assez peu passionnées. La force et la dureté du délire pervers viennent en grande partie de ce sous-entendu sexuel un peu déconcertant. Le film ne manque pas non plus d’humour noir, notamment la scène de danse dans la grange, essentiel à tout bon thriller psychologique.

La réalisation est beaucoup moins envahie par les ralentis, peu nombreux, et s’approprie parfaitement les codes du genre (plans très serrés, coupures brusques, musique stridente) en les réinventant et en illuminant ses références (la relation entre Francis et sa mère rappelle Psychose). Quelques problèmes viennent cependant un peu déconnecter du récit, comme des choix musicaux pas trop adaptés qui viennent parfois briser la tension plutôt que la vivifier, ou des resserrement du cadre un peu trop forcés qui séparent de l’intrigue.

Tom à la ferme s’impose finalement comme la version hardcore des Amours imaginaires. Dans les deux films, l’amour prend la forme d’un fantasme non consumé, un délire à sens unique ravageur qui emprisonne. Mais quand dans l’un cet amour prenait la forme d’une bromance lascive, dans l’autre il se matérialise par les coups, la soumission, la douleur et la haine de soi.

 

Adrien

 

Image de prévisualisation YouTube

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)