Top 3 des sorties ciné de novembre

Top 3 des sorties ciné de novembre

Carré 35

Eric Caravaca s’est lancé un défi des plus risqués, faire un film sur l’absence : l’absence d’archives, l’absence de souvenirs, et surtout celle de sa soeur morte à l’âge de 3 ans. En partant de presque rien, sinon quelques images tournées une soixantaine d’années plus tôt, il mène l’enquête sur le décès d’une soeur qu’il n’a jamais connue et qu’on évoque à grand-peine dans la famille. Il ne sait quasiment rien d’elle, sinon qu’elle est enterrée dans le carré 35 du cimetière de Casablanca. Mais il pressent qu’il y a quelque chose à découvrir, tout un pan de l’histoire familiale à exhumer et une vérité à retrouver. S’il tient autant à cette vérité, ce n’est pas uniquement par souci d’exactitude, mais surtout par l’expression d’un instinct très fort et inconscient qui lui fait ressentir une tristesse qui n’est pas sienne, et lui est d’autant plus étrange et étrangère qu’elle est passée sous silence par tous les autres membres de la famille. Les traumatismes vécus par les parents laissent-ils une trace à leur descendance? Peut-on hériter de la souffrance ? « Je vis, nous vivons avec un fantôme » dit-il de lui et sa famille sur l’un des rares clichés de son enfance.

Parmi ses démarches d’investigation, il interroge l’entourage de Christine. Il y a en premier lieu sa mère, qui reste toujours évasive et essaie de détourner les questions pour finir par déclarer qu’il est inutile de ressasser le passé. La force de son déni est telle qu’elle finit par y croire, et nous touche par sa lumineuse sincérité. Un rejet qui fait écho à un passage de la Porte des Enfers lu par Eric Caravaca : « Maudite soit-elle, cette pierre que je n’ai pas choisie et qui recouvre désormais mon enfant pour l’éternité. J’embrasse tout cela du regard et je crache par terre. Je ne viendrai plus jamais ici. Je ne déposerai aucune couronne. Je n’arroserai aucune fleur et ne ferai plus jamais aucune prière. Il n’y aura pas de recueillement. Je ne parlerai pas à cette pierre, tête basse, avec l’air résigné des veuves de guerre. Je ne viendrai plus jamais parce qu’il n’y a rien ici. » 

Ici, Eric Caravaca finit par faire évoluer le deuil de la mère, resté bloqué au début à sa phase de déni- et fait parler le silence en trouvant le ton juste. Car ce qui frappe avant tout dans ce documentaire, c’est la justesse avec laquelle il est réalisé. Sans être trop larmoyant ni sentimaliste, ou au contraire trop froid et dur, le film parvient à rendre universelle une histoire personnelle, et nous fait pénétrer dans ce terrain à la fois intime et commun qu’est la mémoire.

Y.B.

Au revoir là-haut

Dupontel vient de vous réconcilier avec le cinéma français.

Si vous êtes fatigués du blockbuster insipide à la sauce barbecue ou bien de la comédie facile à la bière, foncez découvrir Au revoir là-haut d’Albert Dupontel. Le film, adapté du roman éponyme de Pierre Lemaitre, retrace l’histoire burlesque et dramatique d’un artiste mutilé pendant la Grande Guerre montant une escroquerie aux monuments aux morts. Un pitch comme celui-ci suffirait à nous séduire.

Même si le scénario souffre parfois de rares faiblesses et certains personnages auraient mérité un développement plus important (mais là on pinaille comme les charognards de critiques Télérama que nous sommes), vous serez emportés par la maestria de Dupontel. Hyperactif, le metteur en scène éblouit dès l’ouverture avec un plan séquence parfaitement exécuté suivi d’une scène de bataille qui n’aurait pas à rougir devant Dunkirk. Jouant avec aisance et habileté entre les différentes utilisations de la courte focale (on voit l’adepte de Terry Gilliam), virevoltant avec des plans séquences audacieux,

Au revoir là-haut est une oeuvre cinématographique au pied de la lettre : l’image nous parle (et oui moi aussi je me pignole intellectuellement). La caméra capte subtilement tous les enjeux qui entourent les personnages à l’aide d’un jeu de cadres et souligne l’effort de reconstitution des décors et du grain de l’époque. Ajoutez à cela la performance remarquable d’une étoile montante du cinéma français, Nahuel Pérez Biscayart (120 Battements par minute), aux côtés de références sûres (Laurent Lafitte, Mélanie Thierry, Niels Arestrup), et vous obtenez un délicieux film à consommer sans modération (et avec un paquet de mouchoirs même pour les durs à cuir). Au revoir là-haut est une poésie mouvante de couleurs et de cadres, d’émotions et de réflexions…

Bref, c’est un très bon film, allez le mater.

T.W.

Mise à mort du cerf sacré

Si je ne devais retenir qu’une seule idée du dernier chef d’oeuvre de Yórgos Lánthimos, c’est que nos actions ont toujours des répercussions. Mise à mort du serf sacré est l’histoire d’un homme qui est forcé d’affronter les conséquences de ses fautes préalables.

Il est possible que vous ressentiez du stress, de l’angoisse ou peut-être même de la colère. Ce sont ces sentiments qui font preuve de l’expérience cinématographique à venir. Que ce soient les personnages, extrêmement cyniques et sociopates, ou les dialogues – comme celui du personnage principal qui raconte une expérience sexuelle de son enfance pour inciter son fils à se confier à lui – tout est singulier dans ce film. Le rythme est lent, la musique oppressante et on y parle de manière apathique, presque fiévreuse.

A peine commencé, le premier plan nous plonge dans un univers étrange et froissant : un gros plan sur un coeur qui bat sur la table d’opération. On comprendra par la suite que tout le film est à cette image : cru, perturbant et qui se veut une véritable autopsie des pulsions humaines.

D.R.

Retrouvez notre critique cannoise du film ici.

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