Top 6 des films qui sentent bon la vodka frelatée

Top 6 des films qui sentent bon la vodka frelatée

Le meilleur du cinéma de l’ex-bloc communiste de ces dernières années. Pas sexy sur le papier mais vous serez étonnés. (Les synopsis des films, mentionnés entre guillemets, sont extraits d’Allociné)

x

1. Le Cheval de Turin (2011), Bela Tarr

15328249_10209495407155025_751109652_n

À voir en doudoune. Dehors, le vent se lève.

La déraison du siècle suivant est déjà là : « Le 3 janvier 1889, dans une rue de Turin, un cocher fouette violemment son cheval indocile. Friedrich Nietzsche, qui sort de chez lui, assiste à la scène. Il se jette brusquement au cou de l’animal, l’enlace pour le protéger, éclate en sanglots, terrassé par une tristesse infinie. Puis rentre chez lui, annonce à sa mère qu’il est devenu fou. Il plonge effectivement dans le retrait, l’aphasie, la vie végétative, et mourra à Weimar en 1900 sans jamais retrouver la raison. »

Au lieu de nous montrer le philosophe sombrer dans la démence, le film suit le quotidien rustique d’un vieil ermite – le cocher ?, sa fille et le cheval – de Turin ? – aux confins de la Hongrie actuelle. Le temps défile sans se presser entre les allers-retours au puits, l’entretien du cheval en grève de la faim (une manière pour lui de porter le deuil de Nietzsche probablement), les repas de patates à la vapeur et les shots de Palinka (une très bonne eau de vie, dérivée du pruneau ou de l’abricot) pour digérer le tout.
Des journées fades réglées « à la virgule près » pour ces âmes mortes qui n’ont plus rien à espérer. Dieu est mort, Nietzsche avait raison.

Les scènes de (dés)habillement au réveil et au coucher, fois deux (le nombre de personnages), multipliées par le nombre de jours (l’intrigue s’étale sur une petite semaine) durent bien cinq minutes chrono chacune (et oui, il fait -20 degrés dans la campagne magyare pendant l’hiver 1900, il faut bien une dizaine de couches de vêtements pour mettre le nez hors de la ferme). Ce qui nous donne un résultat proche des 146 minutes du film.
Malgré cette apparente monotonie, la fascination l’emporte sur l’ennui. Des apparitions saugrenues viennent épicer le récit : un témoin de Jéhovah se pointe à la baraque réciter du Nietzsche au vieux, ou bien des Tziganes demandent l’hospitalité, mais ne récoltent que jets de pierre et quolibets.

Une ambiance mutique de fin du monde drapée de noir et blanc qui nous saisit pendant longtemps.

Hardcore sur le papier. Mais à l’arrivée, le film de l’année 2011.

x

2. Leviathan (2014), Andrey Zvyagintsev

15327667_10209495407875043_1582727942_n

Baptisés à l’eau de morue les mecs. Cette descente, j’aimerai pas la faire à vélo !

Ce film suinte la gnôle à plein nez. L’histoire se déroule dans un hameau sibérien en bordure de l’Océan Arctique. Le héros est un fermier alcoolique exproprié par le maire du coin, corrompu jusqu’à la moelle, « au gosier en pente » lui aussi. Le fermier engage un avocat pour défendre son droit de garder ses terres. Malheur, celui-ci le rend cocu. Et bah bravo, on ne peut vraiment plus faire confiance à personne…

C’est l’occasion d’assister à l’une des scènes finales les plus belles vues depuis longtemps : le fils, averti de la relation adultère de sa mère, découvre dans sa cave ses deux parents en plein exercice sexuel. Il ne supporte plus cette imposture et fuit la maison en pleurs vers les rivages de la Mer de Barents (la ferme donne sur le littoral). Là gît un énorme squelette de baleine : le Leviathan du titre, la bête immonde symbole du mal qui traverse de part en part le film. Un mal qui a pour noms la corruption et la vodka.

Un film qui donne envie de prendre le premier aller simple pour Vladivostok et de se mettre des grosses murges avec des cultivateurs de patates russes.

x

3. 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), Cristian Mungiu

15328339_10209495408555060_240965880_n

On dirait une bouteille de Ballantine’s, non ? Du whisky importé d’Occident ! Tout fout le camp.

Non, ce n’est pas la réponse à un problème de suites arithmétiques. Mais le temps décompté comme un prisonnier dans son cachot par une femme enceinte, jusqu’à son avortement sous le manteau dans la Roumanie de Ceausescu. Une femme qui dit non à la loi, la famille et les médecins. Et à Christine Boutin, qui a voulu censurer la sortie du DVD. Un film aride au goût de cornichon qui nous rappelle que la Transylvanie en 1987, c’était pas la foire à la trompette tous les jours.

Palme d’or au Festival de Cannes en 2007, devant des films comme Paranoid Park, No country for old men, La Nuit nous appartient. Et dire que ce n’est pas volé.

x

4. Au-delà des collines (2012), de Cristian Mungiu

15327727_10209495410555110_1347473050_n

La préparation d’une bonne grosse soupe d’hiver. L’oignon, y a que ça de vrai.

« Alina revient d’Allemagne pour y emmener Voichita, la seule personne qu’elle ait jamais aimée et qui l’ait jamais aimée. Mais Voichita a rencontré Dieu et en amour, il est bien difficile d’avoir Dieu comme rival. »

Par le réalisateur de 4 mois, 3 semaines, 2 jours. Ce bon vieux Cristian retrouve la compétition avec cette histoire d’amour entre deux nonnes dans un couvent roumain. Contre toutes attentes, un film vivant et caustique ponctué de séances d’exorcismes savoureuses (Satan sort du corps d’Alina !).

x

5. Aferim ! (2015), Radu Jude

15319481_10209495410795116_1337588892_n

Les couleurs chaudes d’un bel été indien.

Un père et son fils parcourent à dos de cheval les steppes des Balkans à la recherche d’un esclave Tzigane qui s’est échappé de la maison de son propriétaire, un cruel seigneur de campagne. Le cocktail est fort en bouche : eau de vie jusqu’à plus soif, saillies racistes en veux tu en voilà, des émasculations arbitraires et des bordels à l’hygiène douteuse où les putes qui s’y trémoussent ne sentent pas la rose. C’est la Roumanie du XIXè. Une belle époque. Un temps où quand tu sortais acheter ta baguette le dimanche matin, t’étais heureux d’être toujours en vie pour manger tes tartines au retour. Le Far-West quoi, à la sauce Stroganoff.

On y apprend au moins un truc : le racisme contre les Roms ne date pas d’hier. Ils étaient déjà détesté en 1820 « chez eux » dirait l’autre. En ces temps d’amalgames nauséabonds, un film éclairant sur la bêtise humaine qui ne doit pas seulement être vu par tous les ignares qui confondent Roms et Roumains, mais aussi par les amateurs d’envolées picaresques. Ce Don Quichotte des Carpates confirme l’extraordinaire fertilité du cinéma roumain, qui, en terme de ratio nombre de bons films sur nombre de sorties, décroche la timbale du meilleur cinéma étranger distribué en France ces dernières années.

x

6. Barbara (2012), Christian Petzold

15310201_10209495412075148_427520687_n

La socquette légère, le regard inquiet. Attention, la Stasi est partout !

« Eté 1980. Barbara est chirurgien-pédiatre dans un hôpital de Berlin-Est. Soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest, elle est mutée par les autorités dans une clinique de province, au milieu de nulle part. Tandis que son amant Jörg, qui vit à l’Ouest, prépare son évasion, Barbara est troublée par l’attention que lui porte André, le médecin-chef de l’hôpital. La confiance professionnelle qu’il lui accorde, ses attentions, son sourire… Est-il amoureux d’elle ? Est-il chargé de l’espionner ? »

Pour conclure ce Top vodka, voilà un synopsis (et un scénario) bien plus romanesque que ceux des titres cités plus hauts. Pas de découpage d’oignon ici, mais une histoire d’amour comme on les aime empêchée par les barbelés du rideau de fer. L’atmosphère grisou-coco Staatssicherheit est adoucie par les beaux yeux bleus tristes de Nina Hoss.

x

On se revoit avec un Top Mojito. Ça fera du bien.

Francis H.

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)