« Une affaire de famille », fine chronique des liens du sang et du coeur

« Une affaire de famille », fine chronique des liens du sang et du coeur

La 71ème édition du festival de Cannes a déçu : une sélection discrète, un festival trop timide souligné par une faible fréquentation, l’absence de grandes stars et de grandes révélations cinématographiques. Pourtant, la Palme d’Or attribuée à Manbiki Kazoku (Une affaire de famille) de Hirokazu Kore-Eda ne nous déçoit pas.

Après The Third Murder, un thriller judiciaire passé inaperçu, Kore-Eda complète de nouveau son analyse de la famille à travers l’œil des enfants. Shota, un jeune garçon, est entrainé par son père dans une vie marginale rythmée par les vols à l’étalage. Un soir, ils décident de recueillir Juri, une jeune fille visiblement maltraitée. Accueillie dans la maison familiale, une vieille baraque isolée en plein Tokyo, Juri finit par prendre part à leur quotidien. Un quotidien partagé entre des divertissements en famille et des magouilles à la limite du légal.

De là naît toute la complexité du film, Osamu et Nobuyo (les parents) ne sont pas moins que des kidnappeurs et voleurs, sans mauvaises intentions certes, mais déjà bien au-delà des mœurs japonaises. Et pourtant, les scènes intimes rendent le spectateur rapidement complice. On savoure la poésie du quotidien et les petits délits que chacun commet (même la grand-mère n’y échappe pas). Kore-Eda réussit son pari car on finit par ne plus vouloir les quitter : on a le sentiment qu’après Juri, c’est nous que la famille a adopté.

Le cinéma de Kore-Eda reste très traditionnel, et séduira les amateurs de cette « hype japonaise ». Sa caméra, très humble, s’immisce dans l’intimité des personnages jusqu’à surprendre les parents savourant un bol de nouilles froides sous l’orage avant de retrouver une vie sexuelle jusque-là oubliée…

Une affaire de famille suggère que le bonheur en société se trouve dans les liens qui se forment avec le cœur et non les liens du sang. Cette morale aura du mal à être acceptée par le public japonais mais touchera le public français. En effet, le film dénonce les effets néfastes de la division de la société japonaise, entre la classe moyenne et les élites, une situation que Kore-Eda attribue en partie à la politique menée par Shinzo Abe. Il ne faut tout de même pas voir un choix politique pour la Palme d’Or, mais la récompense d’un grand film Japonais qui rayonnera à l’international (le prochain film de Kore-Eda aura un casting frenchie) !

Sebastien Charmettant

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