Where to invade next de Michael Moore

Where to invade next de Michael Moore

Michael Moore c’est qui ?

mooremichaelPour ceux d’entre vous qui ne sont pas familiers avec le phénomène Michael Moore, voilà un bref aperçu. Michael Moore est un réalisateur de documentaires engagés, sûrement l’un des plus connus auprès du grand public dans le domaine. Placé à l’extrême-gauche de l’échiquier politique américain, ses films sont en effet toujours empreints de témoignages du « peuple », venants souvent comme une critique par rapport à un système américain bien trop souvent décrié. Né au Michigan d’un milieu modeste (sa mère était secrétaire et son père ouvrier) il trouve rapidement une voix dans le monde politique et syndical, et dès ses 18 ans il est élu au conseil d’administration de son lycée. Son premier film Roger et moi est une critique du patronat dans l’usine de General Motors, usine bien connue de son père dans laquelle il travaillait. Mais c’est en 2002 avec Bowling for Columbine que Moore reçoit un succès critique et commercial, en raflant un prix à Cannes, un Oscar pour meilleur documentaire et même un César. Par la suite il sortira Fahrenheit 9/11, (seul documentaire depuis Le monde du silence (1956) à remporter la sacro-sainte palme d’or de Cannes), ou encore Sicko.

Moore fait donc successivement une critique des armes à feux aux USA, de l’administration G.W.Bush, du système de santé américain, et du capitalisme comme toile de fond de la majorité de ses films. Réalisateur engagé et politisé, il soutient d’ailleurs ouvertement Obama puis Hillary Clinton.

Where to invade next c’est quoi ?


Son tout nouveau documentaire ne déroge pas à la tradition Michael Moore en ce sens qu’il reprend ses thèmes et son style traditionnels. Instructif, exagéré, caricatural, mais surtout hilarant, le documentaire est un vrai moment de plaisir et on passe souvent du rire à l’étonnement, parfois presque aux larmes (sans abuser, c’est quand même pas un film de Haneke).

maxresdefault

Michael Moore, tout triomphant avec son immense drapeau des Etats-Unis et sur fond de Walkyrie, pose ses bagages en Europe (principalement) pour tirer de notre beau continent toutes les bonnes idées que le géant américain n’a pas eu (ou a oublié). On va donc arpenter avec Moore l’Italie où entre 2 assiettes de pâtes et 2 semaines de vacances à Saint-Barth on les admire travailler avec un sourire aux lèvres, la France où les cantines scolaires sont dignes d’un restaurant étoilé, ou encore la Norvège qui fait preuve d’exemplarité au niveau pénal et judiciaire.

Alors bien sûr que le film est rempli de clichés, en commençant par Moore lui même qui joue le rôle du bon beauf américain, le redneck qui sort de sa campagne profonde et découvre que « oh, il y a d’autres pays que les Etats-Unis, les cons du Nord et les drogués du Sud ». Mais comme son rôle est clairement assumé et exagéré, c’est plutôt très drôle et efficace (sauf si on a aucun second degré).

Le problème vient plutôt des clichés qui viennent des pays eux mêmes. Si on s’en tient seulement à ce qu’on voit dans Where to invade next, toutes les cantines françaises servent des coquilles Saint-Jacques le midi, les italiens passent leur journée à faire l’amour et les femmes seraient les salvatrices de tous les problèmes du monde. Or, on oublie par exemple de montrer qu’en Allemagne le SMIC n’existe pas et que la précarité est forte, on ne mentionne quasiment pas la crise en Italie et on fait passer la Tunisie pour le pays où les femmes sont les mieux traitées au monde (plus que discutable).  Bref, on voit que c’est un film fait par un américain et destiné aux américains. Surprenant, sachant que le film a été affublé d’une mention R « restricted » aux Etats-Unis, ce qui fait qu’un moins de 18 ans ne peut pas aller le voir sans la présence d’un adulte, ce qui dénote encore une fois de la méfiance des américains vis à vis de Michael Moore, qui fait encore grincer des dents outre-pacifique.

Le film rappelle d’ailleurs beaucoup le documentaire de Mélanie Laurent et Cyril Dion sorti l’an dernier, Demain, bien qu’un peu plus demago. En visitant le monde et les cultures étrangères, on se rend compte qu’il y a d’autres moyens de faire et qu’on peut s’enrichir d’idées pour le futur en piochant ailleurs les meilleurs facon de faire. C’est d’ailleurs amusant de remarquer que dans Demain, les 2 protagonistes donnent pas mal d’exemples venant des Etats-Unis comme les community gardens de Détroit, tandis que Moore pioche quasi toutes ses idées en Europe; comme quoi l’herbe est toujours plus verte chez le voisin.

Au final, après ces deux heures de documentaire très bien montées, où s’alternent des interviews, saynètes, et images d’archive; on finit le voyage sur une note douce-amère avec l’impression que Moore n’a fait au final qu’une vidéo de campagne de deux heures pour H.Clinton.

En effet il vante les mérites de l’Islande, premier pays à avoir élu une femme présidente, et montre que les entreprises et banques dirigées par des femmes sont souvent beaucoup plus efficaces. Quand on sait que Moore est un fervent militant de Clinton, difficile de ne pas voir la-dedans un message subliminal

Petite déception donc quand Moore finit par dire que toutes ces bonnes idées (droits pour les femmes, congés payés, justice juste et humaine…) sont en fin de compte des idées que les américains sont les premiers à avoir eu et qu’ils ont juste oublié. C’est bien sûr un message optimiste envers les américains, et en même temps un beau coup de boost à notre égo européen, mais ça sonne faux, surjoué voire parfois de mauvaise foi.

Mathilde Labouyrie.

About the Author

Leave a Reply

Optionally add an image (JPEG only)